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Bilan fourragerPrévoir ses stocks pour un été serein

Pour ne pas se retrouver en pénurie de fourrage en plein été, mieux vaut évaluer les stocks dès maintenant. (©Terre-net Média)
Pour ne pas se retrouver en pénurie de fourrage en plein été, mieux vaut évaluer les stocks dès maintenant. (©Terre-net Média)

Les semis de maïs se terminent. C’est peut-être le moment de vérifier si ses stocks sont suffisants pour passer l’été sereinement. Avec les dernières années que nous avons connues, l’ajustement a souvent été compliqué. Y aura-t-il assez de fourrages ?

Se rendre compte 3 semaines avant qu’il va manquer 15 jours de fourrages, c’est trop tard pour réagir ! Dans la majorité des cas, ces ruptures fourragères accidentelles brident la livraison de lait pour au moins 6 à 8 mois. Attention à vos repères habituels, si le troupeau est en phase de croissance.

La bonne méthode ?  Mesurer et évaluer vos besoins pour  être sûr d’avoir assez. Sur le court terme, gérer l’urgence jusqu’à la récolte de maïs ou de sorgho. Ensuite, si la situation risque d’être difficile plus longtemps, préparer dès à présent les futures rations hivernales et de début de printemps.

Pour ce calcul, vous pouvez préciser l’état de vos stocks. Il faut ensuite y soustraire les consommations prévues des vaches et des génisses, pour apprécier la marge de sécurité ou le manque de fourrages.

Évaluer les stocks utilisables pendant la période estivale

Prenons un exemple pour un troupeau d’un peu plus de 90 vaches. Pour les densités d’ensilage, mieux vaut rester prudent car selon la qualité du silo, la densité varie fortement (- 15 à - 20 % pour les silos mal tassés).

Les stocks disponibles sont les suivants :

Ensilage de maïs :

10 m de large x 14 m de long x 3 m de haut = 420 m3

à 230 kg MS/m3  = 97 t MS

Ensilage d’herbe : 

8 m de large x 35 m de long x 2 m de haut = 560 m3

à 180 kg MS/m3 = 101 t MS

Foin :

80 bottes à 250 kg = 20 t MS

Combien d’animaux à nourrir par tranche d’âge ?

Le plus simple est de répartir des rations. L’idéal est de pouvoir lisser les quantités de fourrages de bonne qualité pour les vaches laitières sur toute la période. Il ne faut pas oublier de compter les vaches taries et les génisses.

Bilan fourrager
Simulation de bilan fourrager. L'objectif : avoir une marge de sécurité de 5 à 10 %. (©BTPL)

Dans cet exemple, on a alors :

- 97 t MS d’ensilage de maïs à consommer sur les 97 t MS en stock

- 51 t MS d’ensilage d’herbe à consommer sur les 101 t MS en stock

- 47 t MS de foin à consommer sur les 20 t MS en stocks – il manque 27 t.

Pour les pâtures, le calcul est plus difficile. Ici le besoin est de 65 t MS à consommer. En comptant 1 t MS/ha et par passage, pour 2 passages au cours de l’été, cela revient à 33 ha de pâtures. Il faudra privilégier le pâturage tournant pour favoriser les repousses, même si selon la région cette pousse est très aléatoire.

Il s’agit de calcul théorique. Il faut prendre une marge de sécurité pour ne pas avoir de surprise : 5 à 10 %. Dans notre exemple, la consommation d’ensilage de maïs est à suivre de près. Il faudra peut-être prévoir d’ensiler 1 ou 2 ha en avance.

Pour suivre ce calcul au cours de l’été, il faut mesurer, au fur et à mesure, l’état d’avancement des consommations par rapport à la prévision, en traçant des repères sur le silo tous les mètres. Dans notre exemple, il reste 14 m de maïs ensilage pour 4 mois, soit un peu plus de 3 m par mois. Il est possible d’ajuster rapidement les rations si le silo recule trop vite, sans oublier 3 semaines de stabilisation du silo d’ensilage après la récolte.

Silo de maïs ensilage
Mesurer régulièrement les stocks de fourrage permet d'évaluer la sécurité fourragère. Pour le silo de maïs, c'est simple : comptez le nombre de plaques. (©BTPL)

Dans le cas où vous manquerez de fourrage

Si le stock semble être juste, il existe diverses pistes à explorer avant d’acheter des fourrages :

- Conserver les animaux les plus productifs : les vaches laitières vides, dont la production ne rentabilise plus la ration, sont à réformer pour ne pas rationner les vaches laitières. Vendre quelques génisses surnuméraires ou des animaux viande donne de la souplesse.

- Réserver les meilleurs fourrages aux vaches laitières. Les génisses et autres animaux peuvent être alimentés durant cette période avec des rations à base de paille ou de foin.

- Éviter les changements brutaux de ration au troupeau : ceux-ci sont toujours préjudiciables. La ration des vaches laitières est basée sur les fourrages de bonne qualité, à laquelle on ajoute d’éventuels coproduits.

- Équilibrer la ration et maintenir une concentration énergétique suffisante. Des rations déficitaires limitent la production, en particulier en début de lactation avec des risques d’acétonémie et des problèmes de reproduction.

- Surveiller l’état sanitaire du troupeau. Des vaches primipares parasitées, ou en état corporel insuffisant… sont autant d’éléments qui réduisent le potentiel laitier du troupeau. Une partie des nutriments ne seront pas utiliser pour produire du lait.

En cas de rupture fourragère probable, il y a un peu de temps pour choisir la bonne option. Achat de fourrages, de coproduits ou de fourrages sur pied ? Ensiler précocement une parcelle de maïs ou éventuellement une céréale ? Implanter une dérobée d’été ? Pour toutes ces options, évaluer le coût et les bénéfices attendus sur la ration. Avec des fourrages un peu moins riches, mais en quantité suffisante, la production est moins impactée qu’une réduction, sévère ou même modérée, de la quantité distribuée.

Si ces situations sont récurrentes ou risquent de l’être, il faut rebâtir le système fourrager, en sécurisant les stocks de printemps : dérobées, sorghos ou méteils.

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