Pour des raisons économiques, l’Union européenne a vécu un phénomène de concentration des cheptels qui pose aujourd’hui un certain nombre de questions d’un point de vue environnemental. Cependant, si les bénéfices d’une plus grande diversification territoriale sont aujourd’hui reconnus, y a-t-il des leviers pour faire évoluer cette organisation sur laquelle repose désormais l’équilibre économique des filières ?
La concentration des cheptels dans l’ouest de la France ou le nord de l’Europe est l’histoire d’une évolution : « même si tous les animaux ne sont pas hors sol, ce sont des endroits où il n’y avait pas assez de sol dans les exploitations d’élevage pour maintenir un équilibre polyculture-élevage », a rappelé Michel Rieu, ancien directeur du pôle économie de l’Ifip, lors d’un webinaire sur la diversification territoriale, organisé le 17 juin par l’Académie d’agriculture.
Si, à la lumière de la crise du Covid, les questions de relocalisation de l’alimentation et de la diversification des productions agricoles au sein des territoires reviennent sur le devant de la scène, une impulsion politique reste nécessaire pour réduire la spécialisation des territoires d’élevage. Au niveau environnemental, notamment, la valorisation agronomique reste très partielle et les solutions mises en place en Europe pour limiter les effets négatifs de la concentration sont limitées, comme le transport des déjections (dans le nord de l’Union européenne), qui reste très coûteux et émet beaucoup de gaz à effets de serre, ou le traitement des déjections pour rejeter de l’azote dans l’atmosphère et éviter les épandages en excès. D’autant plus que rien n’oblige à agir en ce sens.

Un « non choix politique »
Pour Michel Rieu, ces déséquilibres résultent d’une absence de choix politique. « Jusqu’à présent, l’Union européenne ne disposait pas d’un projet politique européen pour les productions animales, et pour l’instant, le Green Deal semble surtout vouloir les réduire considérablement », indique-t-il. Ce qui a permis à la logique de compétitivité-coût de rester le moteur principal de cette organisation territoriale, « poussant parfois à des pratiques à la limite », commente également Michel Rieu. « On a transgressé allègrement les règles environnementales, comme aux Pays-Bas dans les années 80, en France dans les années 90, en Allemagne, dans les années 2000... Avec la logique libérale de baisser au maximum le coût de la matière première, pour le bénéfice des consommateurs et des industries agro-alimentaires », explique-t-il.
Le phénomène n’est d’ailleurs pas qu’européen, comme le montre la répartition des élevages aux États-Unis et la concentration des bovins viande (43 % dans seulement six États : Texas, Oklahoma, Kansas, Nebraska, Iowa, Missouri).

La diversification, un enjeu de filière
La spécialisation géographique des territoires d’élevage est surtout un avantage pour les filières et résulte de deux leviers. Tout d’abord, les économies d’échelle, grâce à une productivité du travail plus forte dans les élevages plus grands, mais surtout dans les industries. « Les régions qui se sont spécialisées en élevage ont vu naître des industries de grande dimension, donnant à la filière une compétitivité qui a permis d’accroître les élevages, d’où une spirale qui s’auto-entretient », souligne Michel Rieu. Autre facteur expliquant la spécialisation : les économies d’agglomération. « Le fait d’avoir une même activité sur un territoire restreint est un facteur d’économie, car la proximité des acteurs dans une même activité permet de développer des services d’appui, des synergies... », ajoute l’agro-économiste.
Pour sortir de la logique de spécialisation, il faut donc sortir d’une logique où l’élevage est vu essentiellement comme un fournisseur de matières premières, dont on ignore les externalités. Il est donc indispensable, pour Michel Rieu, de « donner une valeur aux externalités positives comme négatives », via la Pac et les gouvernances territoriales. « Il faut privilégier une obligation de résultat dans les règles, plutôt qu'une obligation de mise en œuvre, certes plus facile à contrôler », estime-t-il, ainsi qu’encourager la recherche à travailler de façon plus systémique, pour étudier les synergies au sein des territoires.

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