Ils continuent à y croire mais les pionniers de la méthanisation sont démotivés par les difficultés qu’ils vivent au quotidien. A ce jour, la rentabilité espérée de leur unité de production d'électricité par cogénération n’est pas au rendez-vous en raison de la charge de travail, d’une fiscalité inadaptée, des frais d’entretien imprévus et de contrats d’achat d’électricité au final peu intéressants.
Puisque la construction de 1.500 méthaniseurs est une priorité du gouvernement, celui-ci aurait intérêt à s’appuyer sur les retours d'expériences des premiers producteurs de biogaz pour rendre plus aisé le parcours à l’installation des nouveaux porteurs de projets. C’est le message porté par les responsables de l’association des agriculteurs-méthaniseurs de France réunis par Trame le 12 décembre dernier pour dresser un premier bilan de leur activité.
Selon Philippe Collin, administrateur de l’association, « la méthanisation a des atouts mais le cadre réglementaire est inapproprié ».
Après des années de démarches pour obtenir l’autorisation de construire leur installation et après trois à cinq ans de fonctionnement, les difficultés auxquelles font face les pionniers de la méthanisation ne trouveront pas de solution sans un coup de pouce du gouvernement et sans une révision des contrats de rachat de l’électricité produite.
Des investissements trop onéreux
L’exonération pendant sept ans de la taxe foncière non bâtie, votée dernièrement par l’Assemblée nationale et calculée sur le montant des immobilisations et du stockage, mais aussi de la Cfe, répond en partie à certaines revendications des agriculteurs méthaniseurs. Mais le prix de rachat de l’électricité des contrats conclus il y a quelques années est trop faible pour rentabiliser les investissements qui se sont révélés plus importants que prévu. Au-delà de 8.000 €/kw, un méthaniseur de 250 Kw serait trop onéreux à amortir. Pour les Méthaniseurs de France, il serait par conséquent judicieux d’aligner les prix des anciens contrats sur les nouveaux signés ces derniers mois.
Par ailleurs, selon le retour d’expériences des membres de l’association des méthaniseurs de France, la durée d’apprentissage d’un an pour bien connaître le fonctionnement des méthaniseurs et l’usure prématurée des matériels génèrent des recettes en moins et des coûts supplémentaires imprévus qu’il faut provisionner. Le choix de la France, de varier les sources d’approvisionnement avec différentes matières organiques (lisiers, fumiers, déchets agroalimentaires, cultures énergétiques, menues pailles... ), aurait tendance à complexifier les installations et à user prématurément les matériaux de brassage.
Autres postes pénalisant la rentabilité de la production de biogaz : des sources et des coûts d’approvisionnement de biomasse mal maîtrisés pour alimenter le biodigesteur de façon régulière et homogène.
La concurrence de grosses unités qui seront construites dans les prochaines années pourrait créer en plus un marché de ressources de matières premières trop coûteuses pour les "petits" méthaniseurs.
Par ailleurs, la chaleur produite n’est pas suffisamment valorisée même si la mise en place de réseaux de chaleur n’est pas toujours aisée en milieu rural. Il faut donc diversifier les utilisations : chauffage d’élevages, séchage de fourrages ou de bois plaquette, culture d’algues alimentaires…
Enfin, les méthaniseurs regrettent que les digestats soient souvent assimilés à des déchets industriels même ceux issus de biomasse agricole. Or 15 t épandues par hectare équivalent à 60 unités d’azote.
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