La jeune ONG d'investigation Splann!, le « Disclose breton », publie lundi sa première enquête consacrée à la pollution de l'air à l'ammoniac en Bretagne, un gaz majoritairement issu d'émissions agricoles et précurseur de particules fines, responsables de morts prématurées.
L'enquête en trois volets « Bretagne, bol d'air à l'ammoniac! », entièrement financée par des dons et diffusée notamment sur Mediapart, revendique de « placer l'ammoniac dans le débat public ». Elle est assortie d'une carte interactive des émissions en Bretagne, « première région émettrice » en raison de sa concentration « exceptionnelle » d'élevages intensifs, avec seulement 6 % de la surface agricole utile en France mais 58 % du cheptel et de la production porcine. Les émissions d'ammoniac (NH3) sont « à 95 % d'origine agricole, dont 80 % issues de l'élevage », selon l'institut de recherche Inrae. Elles ont lieu principalement lors d'épandages d'engrais organiques (fumiers, lisiers) et minéraux (ammonitrates).
Mais l'ammoniac contribue à la formation de particules fines dans l'atmosphère, qui favorisent cancers et maladies cardio-vasculaires, soulignent les journalistes. Selon eux, une étude publiée en mai aux États-Unis par l'Académie nationale des sciences impute pour la première fois directement « des décès causés par la pollution de l'air à la production et la consommation de viande ». Les enquêteurs citent également une étude du CHU de Rennes parue en 2014 qui relève des insuffisances respiratoires chroniques chez des éleveurs laitiers dont les polluants agricoles seraient la cause. Le Finistère nord, « siège de la plus grande pollution à l'ammoniac », est particulièrement concerné avec un surcroît d'asthme.
Malgré les suspicions qui pèsent sur l'ammoniac, l'enquête souligne le manque de moyens dédiés à la surveillance de ce polluant dans une région qui concentre 17 % des émissions nationales.
Crée en février 2021, Splann! (« clair » en breton) est une association à but non lucratif parrainée par Disclose. Elle vise à produire « des enquêtes journalistiques d'utilité publique en Bretagne et dans le monde, en français et breton ». Son siège est établi à Guingamp (Côtes-d'Armor). Les enquêtes sont financées par des dons de particuliers et de fondations mais ne bénéficient ni de subventions ni du mécénat d'entreprise « par souci d'indépendance ». Elles sont diffusées en libre accès dans des médias partenaires et sur son site internet. Une cagnotte lancée en début d'année sur HelloAsso a recueilli plus de 67 000 euros de dons.
{Fr} Demain, lundi, nous vous raconterons comment la Bretagne contribue massivement à une pollution qui coûte chaque année des milliers de vies humaines, sans beaucoup émouvoir les autorités. ?
— Splann ! Lanceur d'enquêtes (@Splannenquetes) June 13, 2021
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