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ParasitismeStrongles digestifs : connaître ces inévitables intrus pour mieux les maîtriser

La tolérance d’un bovin à une population parasitaire est acquise après qu’il a été au contact avec trois générations de ces parasites. (©Terre-net Média)
La tolérance d’un bovin à une population parasitaire est acquise après qu’il a été au contact avec trois générations de ces parasites. (©Terre-net Média)

Les strongles parasitent tous les bovins pâturants avec, selon le degré d’infestation, des effets négatifs sur leur santé et leurs performances. Leur cycle comporte une phase au sol, dans la prairie, et une phase au sein du tractus digestif des animaux. Bien connaître ce cycle et les facteurs le régissant aide à bâtir une stratégie de lutte efficace et raisonnée.

Impossible de mettre les bovins au pâturage sans les exposer à une rencontre avec les strongles digestifs : ces vers ronds (ou nématodes) réalisent, en effet, une partie de leur cycle en « liberté » dans les prairies. Le reste de leur vie se passera dans le tractus digestif des animaux. Plusieurs espèces de strongles peuvent être rencontrées en France : Ostertagia, Cooperia, Nematodirus, Oesophagostomus, Trichuris... Les deux premiers sont les plus fréquents, et des deux, Ostertagia est le plus préoccupant par sa prévalence (présent chez 100 % des bovins en France), la quantité de parasites dénombrés et les conséquences pathologiques observées : de profondes altérations de la muqueuse de la caillette perturbant le fonctionnement digestif (fuite de protéines).

Un cycle infernal, sous conditions

Leur cycle est le même : la phase libre se déroule au sol, où les œufs éclosent puis évoluent en plusieurs stades larvaires successifs, le stade 3 (L3) étant le seul infestant. Lorsque les L3 sont absorbées avec l'herbe par un bovin, elles s'implantent rapidement dans la paroi digestive. Là commence la partie interne du cycle, qui dure trois semaines : Ostertagia se loge dans la caillette, tandis que Cooperia s’installe dans l'intestin grêle, où elles muent en L4 et L5. Les larves sont alors poussées dans la lumière du tractus. Elles deviennent des adultes sexués, s'accouplent et produisent des œufs qui seront largués avec les bouses dans la prairie. Toutes les trois semaines une nouvelle génération parasitaire est ainsi excrétée dans la prairie. 

Cycle d'Ostertagia
Exemple de cycle d'un parasite digestif de la vache au pâturage, celui d'Ostertagia .(©Vet'el)
 

La durée des cycles dépend beaucoup des conditions extérieures, avec notamment un effet déterminant de l’humidité, indispensable à la mobilité des L3. Un cycle complet dure généralement quatre semaines et s’interrompt quand les températures deviennent négatives, mais il peut être beaucoup plus long. Les animaux, mais aussi la prairie pâturée l’année précédente, sont des réservoirs à parasites. En effet, certaines larves (L4) s’enkystent dans la paroi digestive durant l’hiver, tandis que d’autres (L3) survivent dans le sol.

Arbitrer entre pathogénicité et immunité

La pathogénicité survient lorsque les parasites sortent en trop grand nombre dans la caillette ou la lumière de l'intestin : ils provoquent alors des lésions des muqueuses et des réactions inflammatoires, engendrant des pertes d'appétit, des diarrhées, un amaigrissement... Les bovins, au contact des parasites gastro-intestinaux, développent une immunité protectrice, mais celle-ci est longue à acquérir. Il faut deux saisons de pâturage pour construire une immunité solide. Les troubles sont donc plus marqués et leurs effets plus préjudiciables chez les jeunes animaux qui ne sont pas encore immunisés. Le premier levier de lutte contre le parasitisme reste bien l’immunité des animaux dont il faut donc favoriser la mise en place.

Comment combiner construction de l’immunité et prise en charge raisonnée du risque parasitaire ?

Il faut laisser les jeunes animaux, de première et seconde saison de pâturage, au contact des strongles de la prairie, tant qu’ils ne sont pas trop nombreux, c’est-à-dire pendant approximativement neuf semaines, pour entraîner leur système immunitaire à reconnaître ces parasites et, à terme, les maîtriser, de manière autonome, naturellement. Pour cela, il ne faut donc vermifuger les animaux ni trop tôt, ni trop fréquemment, ni trop longtemps.

Il n’est pas non plus recommandé de traiter tous les animaux du même lot au même moment. En effet, cette pratique a tendance à favoriser l’émergence de la résistance aux antiparasitaires en ne laissant dans les prés que les individus résistants. D’ailleurs, le fait de ne traiter qu’une partie des animaux du lot, en priorité ceux qui présentent les moins bonnes croissances à l’herbe par exemple, est intéressant à plusieurs niveaux :

  • réduction du coût global de la vermifugation ;
  • meilleure acquisition de l’immunité contre les strongles ;
  • maîtrise de la population de larves dans la prairie grâce à la réduction de l’excrétion des animaux traités ;
  • réduction du risque d’apparition de résistances ;
  • diminution de l’impact environnemental des antiparasitaires.

Tous les antiparasitaires ne se valent pas, demandez conseil à votre vétérinaire pour choisir la formulation la plus adaptée.

Note : Cet article ne traite que des strongles digestifs, présents dans presque toutes les prairies. Il n’aborde pas les parasites digestifs plus spécifiques aux milieux humides que sont la grande douve et les paramphistomes.

Article proposé par Ceva et réalisé par Web-agri Factory.

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