« A trois mois de la fin des quotas laitiers, la situation est particulièrement anxiogène, amplifiée par l’impréparation des décideurs politiques nationaux et européens, et ce malgré les nombreuses mises en garde (celles notamment de René Souchon, de Michel Dantin, de l’Emb, des JA, ou encore celles de notre think tank).
En effet, les prix chutent (33 cts du litre de lait payé en Allemagne, 25 à 28 cts en Belgique, 22 cts en Lettonie, 18 à 20 cts en Lituanie, 30 cts annoncés pour la France début 2015) alors que d’ici 2020, la production des Etats-membres – Allemagne en tête – pourrait fortement augmenter.
Les bassins laitiers mondiaux accusent déjà une trop forte hausse de production, aggravée par l’embargo russe, face à une demande des pays émergents et de la Chine qui progresse certes mais qui ne suit pas l’offre, confirmant ainsi la déconnexion de l’offre par rapport à la demande. Selon l’Apli (Association des producteurs de lait indépendants), la surproduction représente, en 2014, dix millions de tonnes, l’embargo russe privant les producteurs de 2 millions de tonnes de débouchés.
Par ailleurs, l’un des défis majeurs demeure l’hypervolatilité des prix agricoles, à la hausse comme à la baisse. Un défi particulièrement sensible pour le secteur laitier, en crise permanente depuis 2007, la volatilité fragilisant directement les revenus agricoles et la survie des exploitations. Mais ce défi n’est pas le seul : la filière doit également faire face, surtout en France, au différentiel croissant entre les coûts de production et les prix et aux relations commerciales tendues entre producteurs, transformateurs et distributeurs.
Des aides contracycliques
Cette incertitude sur l’avenir fait aujourd’hui du secteur laitier un marché d’anticipations complexe pour lesquels les signaux de prix s’apparentent de plus en plus à des prophéties auto-réalisatrices. La crise laitière qui menace la France, et qui a déjà frappé les pays baltes, la Pologne, l’Allemagne, l’Irlande, le Danemark, poussent les organisations agricoles à agir, à l’instar de l’Emb qui appelle à un système de gestion de crise de toute urgence et à la responsabilisation des marchés.
Car sans mécanisme d’intervention publique, il est à craindre que la volatilité structurelle des prix mène à une situation particulièrement insoutenable et à une concurrence effrénée qui pourrait emporter avec elle les éleveurs européens. En 2013, une étude de l’Institut de l’élevage prévoyait ainsi qu’il resterait entre 35.000 et 20.000 producteurs laitiers en 2035, contre 68.000 fin 2013.
Pourtant, des solutions concrètes existent. Momagri met en avant, depuis la conférence sur le lait à Bruxelles en septembre 2013, la pertinence, tant économique et budgétaire, de mettre en place d’aides contracycliques couplées à des mécanismes spécifiques de gestion de marché. Des mécanismes qui permettront une stabilisation durable des chiffres d’affaires, une action efficace pour lutter contre la volatilité et les crises qui en découlent, de même qu’une meilleure utilisation des ressources budgétaires et une stratégie de long terme profitable pour l’économie agricole. »
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