Des barrages se lèvent samedi, comme celui très emblématique de l'A64 dans le sud-ouest, mais la colère des agriculteurs n'est pas apaisée pour autant par les annonces du gouvernement, qui promet de nouvelles mesures : les blocages devraient reprendre de la vigueur en début de semaine.
Le déblocage de l'autoroute A64 au niveau de Carbonne (Haute-Garonne), premier barrage d'agriculteurs à avoir été installé il y a 10 jours, était en cours à la mi-journée.
« On a été entendu, on a eu quelques réponses » même si « tout ne sera pas parfait de suite », a jugé Joël Tournier, l'un des porte-parole du mouvement à Carbonne, avec l'éleveur Jérome Bayle.
Selon la gendarmerie, le nombre de blocages et de départements touchés diminue fortement: samedi à 6h, il y avait moins de 40 actions touchant 28 départements.
Mais le mouvement reste diffus, avec des situations qui varient localement à travers la France et des agriculteurs partagés entre ceux qui estiment avoir obtenu satisfaction et d'autres qui souhaitent relancer le mouvement après une pause.
« On va prendre le week-end pour reposer les esprits et les corps » et « pour recalibrer la mobilisation de la semaine prochaine », a déclaré à l'AFP Pierrick Horel, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs (JA), syndicat qui, associé à la FNSEA, représente la majorité de la profession.
« du chinois »
Un administrateur national des JA, Maxime Buizard, avait un peu plus tôt annoncé sur BFMTV avoir « décidé de changer de méthode et d'organiser le blocus de Paris et de la petite couronne ».
« Pour l'heure, ce n'est pas tranché », temporise Pierrick Horel, dont l'organisation doit se concerter avec la FNSEA sur la suite du mouvement.
La circulation a repris samedi à 11H00 sur l'A9 dans l'Hérault mais l'autoroute reste coupée dans le Gard. Sur place, Sébastien Gimenez, agriculteur à Redessan (Gard) fulmine : « hier soir, ce qu'a dit Gabriel Attal était, pour nous, du chinois. Il ne parle pas la même langue que nous... ».
Pour tenter d'éteindre la révolte montée de campagnes où beaucoup ne parviennent plus à vivre de leur métier, le Premier ministre a dévoilé vendredi des mesures d'urgence en Occitanie, berceau de la contestation. « On ne vous lâchera pas », a-t-il lancé.
Il a ainsi accédé à quelques-unes des demandes les plus pressantes des manifestants entre l'abandon de la hausse de la taxe sur le gazole non routier (GNR), des indemnités gonflées pour les éleveurs touchés par la maladie des bovins MHE, des sanctions lourdes contre trois industriels de l'agro-alimentaire ne respectant pas les lois Egalim sur les prix.
« Il y a des premières mesures qui sont annoncées. Elles sont appelées à se décliner sur d'autres sujets bien évidemment », a promis le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau sur Franceinfo.
« rage »
« Ce qui a été dit ce soir ne calme pas la colère, il faut aller plus loin », a affirmé vendredi le président de la FNSEA Arnaud Rousseau.
La Confédération paysanne veut pour sa part « continuer la mobilisation » pour obtenir « des mesures structurelles ».
« Les gens sont excédés par le fait que ce n'est pas les annonces qu'on attendait », a déclaré samedi Lucie Delbarre, secrétaire générale de la FDSEA du Pas-de-Calais. « On a un Etat qui se moque de ses agriculteurs. On le voit bien, c'est une cocotte-minute prête à exploser » et il y a un sentiment « de rage ».
En Bretagne, de nombreux barrages ont été levés un peu partout dès vendredi soir mais à Guingamp (Côtes d'Armor), plusieurs dizaines d'agriculteurs en colère ont envahi avec tracteurs et bennes le centre de la ville en fin de soirée.
A Narbonne, c'est un bâtiment de la Mutualité sociale agricole (MSA) qui avait été incendié vendredi après-midi en marge d'une manifestation d'agriculteurs, tandis qu'à Nîmes, un bureau des Douanes et huit véhicules ont été brûlés.
Partout à travers la France, première puissance agricole de l'Union européenne, s'est exprimé un mélange de passion et de désespoir, les cortèges exhibant ici un pendu de paille, là affichant le slogan « Enfant on en rêve, adulte on en crève ».
La mobilisation a été endeuillée mardi par la mort accidentelle d'une agricultrice et de sa fille sur un barrage à Pamiers (Ariège), où une marche blanche aura lieu samedi à partir de 13H30.
A Matignon, l'accueil des mesures est scruté avec attention et l'entourage de Gabriel Attal promet « de continuer à apporter un certain nombre de mesures d'ici le Salon de l'agriculture » fin février.
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