Entre la peur des produits phytosanitaires, les plaintes sur les odeurs ou le bruit occasionnés par l’activité agricole, les intrusions de militants antispécistes, les polémiques sur l’irrigation, les agriculteurs voient leur travail de plus en plus contesté au quotidien. Existe-t-il des leviers pour favoriser la reconnexion entre les agriculteurs et les riverains ?
Depuis 2000, la population mondiale est majoritairement citadine. « On est passé d’une France rurale à une France urbaine, qui compte 80 % de citadins. Des citadins qui, il y a une génération, avaient encore des contacts avec de la famille dans le milieu agricole, mais plus aujourd’hui, et qui n’ont donc plus aucune compréhension du monde agricole », a expliqué Brigitte Laquièze, professeur d’université et membre de l’Académie d’Agriculture, lors d’un débat en ligne organisé par le Salon de l’agriculture Nouvelle-Aquitaine, le 19 mai. « Oui, il y a une déconnexion entre ville et campagne, notamment avec les néo néo-ruraux, qui viennent s’installer en périphérie des villes pour y être plus tranquilles et qui ne supportent plus le chant du coq », poursuit-elle.
Une tension qui s’exprime par des conflits fréquents : plaintes en raison des odeurs, du bruit, mais aussi méfiance vis-à-vis des pratiques agricoles (traitements phytosanitaires, irrigation, bien-être animal...) qui conduisent à une remise en question de l’agriculture. « Il est différent d’être questionnés, pour que l’on fasse plus de produits sous signes officiels de qualité, pour ouvrir nos exploitations, ça c’est normal et l’on peut y répondre par le dialogue, explique Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. En revanche, c’est plus difficile quand les militants sont violents, caricaturaux, et qu’ils ne veulent pas voir que l’agriculture a changé ». Au sein du conseil d’administration de la FNSEA, 7 % des agriculteurs sont en bio, et « 74 % de nos élus ont des pratiques environnementales qui vont au-delà de la réglementation », ajoute-t-elle.
Multiplier les occasions de dialogue
Pourtant, les agriculteurs gardent une image positive dans l’opinion, signe aussi d’un intérêt pour leur métier. Pour favoriser les échanges, le réseau #Agridemain organise depuis quelques années la Fête des moissons. « On veut être en contact avec les consommateurs, les riverains, et après la moisson, on organise des rencontres au mois d’août, d’autant plus qu’on a pu occasionner quelques gênes avec nos tracteurs sur la route. On invite nos voisins autour d’un verre, on explique, on débat. Tous sont très intéressés », explique Christian Daniau, président de la Chambre d’agriculture de la Charente et membre de #Agridemain.
« Ce ne sont pas des consultations bidons », insiste Christiane Lambert, qui poursuit : dans la majorité des départements, tous les syndicats agricoles, les associations de consommateurs, les associations de protection de l’environnement ont été invitées. Ce ne sont pas des chartes consanguines, ce sont des chartes où le dialogue a été ouvert ».
La responsabilité ne doit d’ailleurs pas uniquement incomber aux agriculteurs. Près de la Rochelle, Roger Gervais, vice-président de la communauté d’agglomération rochelaise et agriculteur retraité, explique que le PLUI a intégré un espace tampon obligatoire dans toute extension urbaine. « C’est dans cet espace de cohabitation qu’en général démarrent tous les conflits, et ce n’est pas à l’agriculture de régler ce problème mais aux habitants et aux villes », témoigne-t-il.
Christian Daniau mise d’ailleurs sur la consultation dans son département pour « avoir un vrai échange avec nos concitoyens », et réaliser des démonstrations des techniques d’épandage. Cependant, la concertation n’est pas toujours efficace. En Charente, alors que les débats autour de la gestion de l’eau impliquent l’ensemble des acteurs depuis 20 ans de façon exemplaire, « aujourd’hui, nos autorisations de répartition des volumes d’eau ont été attaquées par des associations environnementales, et nous avons été obligés de réduire nos volumes, malgré tous les efforts qu’on a faits », déplore l’agriculteur.
En dépit des déceptions, le dialogue reste la meilleure voie pour faciliter l’acceptation sociétale, notamment pour que les riverains prennent conscience des enjeux. « Ces critiques pourraient inciter des agriculteurs à quitter l’agriculture, et le paradoxe, c’est qu’ils seraient remplacés par des firmes, dont la société ne veut pas », rappelle Brigitte Laquièze.
Néanmoins, la crise du Covid pourrait avoir fait évoluer les mentalités à ce niveau. « Je trouve que les propos très violents qu’il y a eu il y a plusieurs mois ont changé pendant le Covid. Il reste des gens qui attaquent, mais on a surtout un gros besoin d’expliquer nos métiers, qui ont changé, comme tous les métiers », estime Christiane Lambert.
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