Dans les priorités du gouvernement l’année passée, la question de la santé mentale est de moins en moins taboue, notamment dans le monde agricole, où des dispositifs de prévention existent depuis une dizaine d’années. Néanmoins, malgré des avancées, le contexte actuel expose les agriculteurs à une pression accrue qui les rend vulnérables face à une conjonction de facteurs de risque.
La mise en avant de la santé mentale, grande cause nationale en 2025, a permis de « lever un tabou » sociétal. Le sujet est désormais « intégré comme une dimension normale de la santé », estime Chantal Jourdan, députée de l’Orne, et co-présidente du groupe d’étude sur la santé mentale à l’Assemblée nationale.
Le 26 février, au salon de l’agriculture, la MSA a dressé un premier bilan de cette grande cause nationale, prolongée en 2026, « et probablement aussi en 2027 », anticipe Olivier Damaisin, coordinateur du plan interministériel de lutte contre le mal-être agricole. Dans l’agriculture, un premier tabou avait été levé en 2019 avec le film « Au nom de la terre », d’Edouard Bergeon, ajoute-t-il.
Des facteurs de risques qui se cumulent en agriculture
Il faut dire que le secteur rassemble un certain nombre de facteurs de risques : « pas de séparation entre vie privée et vie professionnelle, exposition aux crises, responsabilité du chef d’exploitation, la question de la transmission, le risque financier… », énumère Aude Caria, psychologue et directrice de Psycom.
Consciente de ces risques, la MSA a été « précurseur sur le sujet de la prise en charge du mal-être », rappelle son président, Jean-François Fruttero. Le dispositif est néanmoins monté en puissance à partir des années 2020 avec, entre autres, le déploiement d’un réseau de « sentinelles agricoles ». La plateforme Agri’Ecoute connaît aujourd’hui « des taux d’appels qui progressent de façon exponentielle, signe que la situation se dégrade et se fragilise », ajoute-t-il.
« Sans ce travail, on aurait vécu des drames » avec la DNC
Si, lors des crises sanitaires qui se multiplient, les agriculteurs sont indemnisés, rien n’était fait jusqu’à présent sur le plan psychologique. « La MSA arrive parfois un mois après et ramasse l’agriculteur dans un triste état », déplore Olivier Damaisin, qui a alerté la ministre de l’agriculture sur ce point dès le début de l’épizootie de dermatose bovine.
« Le chapitre sanitaire, indemnitaire et l’accompagnement humain ont été mis au même niveau pour la première fois », souligne l’ancien député qui note qu’il n’y a eu ni suicide ni tentative de suicide, « même si la situation a été très, très dure pour les éleveurs ». « La santé mentale en tant que grande cause nationale nous a beaucoup aidés, sans ce travail on aurait vécu des drames, ça me paraît évident », estime-t-il.
Des moyens encore insuffisants
Néanmoins, malgré cette mise en avant de la santé mentale, « les moyens sont insuffisants », déplore Chantal Jourdan, rappelant qu’une personne sur deux souffrant de troubles psychiques ne trouve pas aujourd’hui de solution à ses difficultés. « On a besoin d’avoir de la vision, de savoir comment la santé mentale se décline dans tous les axes de la politique », abonde Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale de l’Alliance pour la Santé Mentale. Sur le plan agricole, il s’agit selon elle de « travailler collectivement pour diminuer la pression ». Car il ne s’agit pas d’une « faiblesse individuelle », « c’est un système collectif, social, qui pèse sur les agriculteurs ».
Pour Chantal Jourdan, la suite logique de 2025, c’est de « passer aux actes, en ayant une attention particulière sur la prévention, les soins, et les suivis à long terme ». Du côté de la MSA, cela devra se traduire par des moyens suffisants pour mener à bien ces missions, prévient Jean-François Fruttero.
Le sujet de la santé mentale, et sa spécificité dans les territoires ruraux, ne devrait en tout cas pas être éclipsé dans les prochains mois. « Je fais le pari qu’on en parlera pendant la présidentielle », veut croire Olivier Damaisin.
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