S’installer à cinquante ans, un pari gagnant

Passionné par l’élevage depuis l’enfance, Pierre Maugein est longtemps resté double actif avant de s’installer pour de bon… à cinquante ans ! « J’ai commencé le lait avec quatre vaches, raconte le Corrézien, aujourd’hui en Gaec avec son ancien salarié. J’avais peu de surface. C’est la transformation qui a rendu l’activité viable ». Conduite en bio, la ferme vend ses yaourts en restauration collective. L’excédent est collecté par Biolait. Les associés ont aussi lancé un atelier de veaux croisés, engraissés à l’herbe.

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« Depuis tout gamin, je rêvais d’être éleveur », sourit Pierre Maugein. Cette passion ne le quittera pas : double actif par obligation pendant vingt ans, il finira par s’installer pleinement… à cinquante ans ! Aujourd’hui sexagénaire, ce producteur-transformateur gère avec son jeune associé une quarantaine de laitières, leur suite et des veaux à l’engraissement sur 115 ha, à Saint-Chamant (Corrèze). « Mes parents étaient commerçants. C’est ma grand-mère qui avait des vaches. J’adorais ça, mais ma mère avait déjà tracé mon parcours. J’ai donc passé un bac général, fait une année de fac… puis la passion a été plus forte : j’ai repris l’école en première BTAG dans un lycée agricole. »

BTS en poche, problème : le jeune Pierre n’a nulle part où s’installer. Il trouve un emploi dans une coopérative d’insémination, avant de revenir quatre ans plus tard dans son département d’origine, salarié d’un groupement de producteurs. « Un jour, j’ai appris qu’un agriculteur de ma commune laissait une petite location de quatre hectares. La propriétaire m’a reloué. J’avais trente ans. C’était un départ tardif, mais je pouvais satisfaire ma passion. J’ai commencé avec des Limousines. » De fil en aiguille, l’exploitation s’agrandit, mais la double (hyper) activité a ses limites. « Il est arrivé un moment où je ne pouvais plus tout faire. En 2006, j’ai trouvé un autre emploi à mi-temps. »

Pierre Maugein éleveur laitier
La transformation à la ferme a permis à Pierre Maugein de réaliser un « rêve d'enfant » (© Nicolas Mahey)

Des yaourts à l’école du village ?

Deux ans plus tard, il se lance. Un atelier de transformation sort de terre près de la stabulation. Coût : 50 000 €, en partie subventionnés par la Région. Pierre Maugein délaisse les allaitantes pour des laitières. Avec quatre vaches et un chariot de traite, il fabrique ses premiers yaourts le jour de Noël 2009. « Comme ça, c’est facile de s’en rappeler, s’amuse-t-il. Au départ, je n’avais pas forcément imaginé avoir une fromagerie, mais c’est ce qui m’a finalement permis de m’installer. J’avais peu de surface ; la transformation rendait l’activité viable. » Dans les commerces, ses yaourts ont du succès. Il faut cependant trouver d’autres débouchés : pourquoi pas l’école du village ? Le maire refuse. Piqué au vif, Pierre contacte d’autres établissements… qui acceptent ; au fil des ans, l’éleveur se constitue une clientèle.

« Aujourd’hui, je travaille à 95 % avec la restauration collective et les scolaires, pointe-t-il. Mais la particularité de ce système, c’est que les commandes s’arrêtent durant les vacances. Au début, sur ces périodes, je devais jeter mon lait ! Heureusement, la coopérative Biolait a bien voulu collecter l’excédent. Ils sont souvent décriés quant au prix qu’ils paient. Moi je leur dis merci : s’ils n’avaient pas été là, personne ne serait venu le chercher. Cela a aussi permis d’installer mon salarié, Jean-Baptiste Ternaux. » Les associés disposent d’un quota de 150 000 l. 27 000 litres supplémentaires sont destinés aux yaourts.

Un euro net par litre de lait

L’EBE atteint un peu plus de 60 000 €, dont 45 000 € de marge brute issus de la fromagerie. « Le yaourt est un produit rémunérateur qui laisse autour d’un euro net par litre. En plus, on maîtrise son prix de vente », note Pierre Maugein. L’arrivée de Jean-Baptiste a aussi permis de créer un atelier supplémentaire : « En plus du renouvellement, nous gardons des jeunes animaux croisés viande, engraissés à l’herbe de façon extensive sur des cycles longs. On vise 12 à 15 animaux par an, abattus entre 36 et 40 mois pour 300–350 kg de carcasse. Les premiers vont bientôt partir ; on n’a pas encore le recul économique, mais on connaît nos coûts : un peu d’aliment en post-sevrage… puis rien que de l’herbe et du foin. »

Son rêve accompli, Pierre Maugein envisage désormais de transmettre son exploitation. « Si cela intéresse quelqu’un de sérieux, prêt à travailler et dont le caractère matche avec celui de mon associé, je l’invite à prendre contact. Le produit existe, la clientèle aussi et elle ne demande qu’à être développée. Bien sûr, il faut moderniser l’outil de travail, notamment en automatisant le conditionnement, mais il y a un vrai potentiel. »

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