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Maîtrise du coût alimentaireEn viande comme en lait, ils misent à 100 % sur l’herbe

L’un élève 40 Limousines, l’autre 30 Normandes et Croisées. Tous les deux mettent l’accent sur le pâturage pour maîtriser leur coût alimentaire, et optimisent ainsi leur efficacité économique.

Avec un système plein-air pour le troupeau de Limousines, Sylvie et Yvon maitrisent leur coût alimentaire et par conséquent leur marge brute.
A 56 ans, Sylvie et Yvon Rocher n’ont pas de repreneur potentiel parmi leurs quatre enfants. La valeur ajoutée dégagée par leur ferme d’1,5 UTH est de 34 000 euros/UTH (hors aides). (©Nathalie Tiers)

C’est l’hiver, mais ça ne change rien ou presque pour les 40 Limousines de Sylvie et Yvon Rocher à Ambrières-les-Vallées en Mayenne. Toute l’année, elles arpentent la quarantaine d’hectares de prairies naturelles groupées autour du siège d’exploitation. Elles vêlent à l’extérieur de février à avril, sans assistance la plupart du temps, et parfois dans la neige !« Nous devons aider pour 4 à 5 vêlages surtout chez les génisses » précise Yvon Rocher.

Les veaux mâles sont vendus au stade broutard en octobre-novembre, tandis que les femelles passent leur premier hiver à l’abri, avec du foin et un peu d’aliment. « C’est aussi un moyen de les apprivoiser » indique l’éleveur. Aucun vêlage n’a lieu à l’automne. Si une vache n’est pas pleine à temps pour vêler au printemps, elle est réformée.

Coût alimentaire inférieur à 100 euros/UGB

C’est pour son « côté très nature » que ce système plein-air traditionnel a été choisi par Yvon et Sylvie à leur installation il y a 20 ans. Il présente l’avantage de générer très peu de charges. En moyenne sur trois ans, la marge brute de l’atelier vaches allaitantes hors aides est de 601 €/UGB (hors aides Pac) contre 475 €/UGB dans les références Inosys-Réseaux d’élevage de la région.

Cette marge est obtenue avec un produit viande de 626 €/UGB (contre 532 €dans les références régionales) et un coût alimentaire de 97 €/UBG (contre 180 €). Ce bas coût s’explique par la faible utilisation de concentrés (29 €/UGB contre 110 euros) tandis que le coût fourrager est similaire autour de 70 €/UGB.

Néanmoins, avec 38 % de la marge brute globale de l’exploitation, le troupeau ne suffit pas à faire vivre le couple. Près de 60 % de la marge vient de trois poulaillers Label Rouge de Loué. La dizaine d’hectares de cultures (blé, triticale, maïs) ne représente que 5 %.

Un des enjeux majeurs du système est la gestion de la production herbagère. « Je favorise toujours le pâturage afin de limiter les fauches plus coûteuses, affirme Yvon Rocher. Mais il faut aussi éviter le surpâturage et le gaspillage. » Le chargement est de 1,4 UGB/ha. Les conditions climatiques engendrent rarement du piétinement, grâce au feutre de racines très développé des prairies naturelles.

Toutes les parcelles sont déprimées au printemps avant les fauches visant à produire du foin pour l’hiver (sur 30 ha). Les coupes et le bottelage sont réalisées par une ETA tandis qu’Yvon gère le fanage et l’andainage.

En bâtiment uniquement la nuit

Le troupeau laitier de Jean Letemplier pâture 29 ha toute l'année
A 56 ans, Jean Letemplier génère avec sa ferme une valeur ajoutée de 37 200 euros/UTH (hors aides), soit 50 % du produit brut, c’est à dire une excellente efficacité économique. (©Nathalie Tiers)
A 30 km à l’Ouest, Jean Letemplier a lui aussi misé sur un système herbager et sur l’agriculture biologique, au départ en retraite de ses parents en 1995. Il produit 133 000 litres de lait avec une trentaine de vaches de race Normande et croisées Prim’holstein x Normande.

Pendant six mois de l’année, elles sont nourries exclusivement au pâturage. L’hiver, elles reçoivent du foin et en général, un concentré à base de méteil (blé-avoine-pois). « Cette année, j’ai manqué de temps pour le méteil, déclare l’éleveur. Elles vont donc plafonner à 12 kg de lait par jour cet hiver. » Les vaches utilisent le bâtiment sur aire paillée uniquement pendant la nuit en hiver. Le jour, tout au long de l’année, elles profitent des 29 ha groupés autour de leur abri et découpés en 24 paddocks.

La surface totale de 35 ha est occupée aux deux tiers par des prairies temporaires, et pour le reste par des prairies naturelles, avec certaines années 2 ha de méteil. En l’absence de méteil, quinze tonnes de paille bio sont achetées pour l’année. Les prairies naturelles, humides, sont d’abord fauchées tardivement puis pâturées. Les prairies temporaires multi-espèces sont pour la plupart pâturées. « Je fais un peu de sursemis de ray-grass anglais, fétuque et trèfle blanc chaque année en mars, mais je crois qu’elles vont finir en prairies naturelles » souligne Jean Letemplier.

400 euros/1000 litres de marge brute

L’éleveur consacre 45 minutes à chaque traite dans sa salle équipée d’une rangée de dix postes en traite par l’arrière. Depuis dix ans, le lait est collecté par la coopérative Lait bio du Maine regroupant 40 producteurs. Environ 13 % de la collecte totale de 8,5 millions de litres sont transformés en fromage Entrammes. C’est ce qui a justifié l’introduction de la race Normande en 2010, ainsi que l’arrêt de l’enrubannage et l’ensilage.

Avec une production moyenne par vache de 4 440 litres (contre 5 200 litres pour les repères Cerfrance régionaux en bio), il réalise une marge brute hors aides de 400 euros/1000 litres (contre 393 euros pour les repères) avec un coût alimentaire de 70 euros (contre 114 euros pour les repères).

A dix ans de la retraite, Jean Letemplier aimerait se libérer du temps à l’aide d’un salarié à mi-temps, notamment pour s’investir dans la coopérative et développer ses débouchés pour une meilleure valorisation. « Rester sur une structure à taille humaine, tirer parti du milieu de façon durable, et faire un produit de qualité pour s’adapter aux attentes sociétales » : telle est la définition de l’innovation selon l’éleveur qui espère transmettre son outil à un jeune.

Le troupeau normand et croisé est rustique et la qualité du lait convient bien à la fabrication de fromage par la coopérative.
Le troupeau normand et croisé est rustique et la qualité du lait convient bien à la fabrication de fromage par la coopérative. (©Nathalie Tiers)

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