À l’occasion de ses « RDV de l’agriculture connectée » en novembre, l’École supérieure des agricultures (ESA) à Angers (Maine-et-Loire) s’est interrogée sur le lien entre technologies numériques et transition agroécologique. D’après Pierre Labarthe, directeur de recherches à l’Inrae invité sur le sujet, « il y a des controverses, voire des risques, quant aux effets du numérique sur la transition agroécologique ». Ces risques sont détaillés dans le livre blanc Agroécologie et numérique : contradictions ou trajectoires convergentes ? publié par l’Inrae et l’Inria en janvier 2022, auquel le chercheur a contribué1.
La numérisation de l’agriculture est souvent présentée positivement avec la mise en avant des opportunités permises par la collecte de données et la modélisation, en matière d’actions préventives, de précision des pratiques, d’aide à la décision. Toutefois, il y a beaucoup d’incertitude sur les gains réels (parfois difficiles à mesurer) au regard de l’importance des promesses et des investissements.
Exclusion possible de certains modèles
Parmi les risques identifiés par le collectif de chercheurs, Pierre Labarthe évoque celui de compromettre la transition agroécologique par un verrouillage technologique. Cela en s’orientant vers « des recherches d’efficience trop marginales » au détriment de choix de reconception plus radicaux et systémiques pouvant apporter davantage de gains. Il cite aussi « la barrière du numérique dans le lien entre l’homme et la nature » ainsi que l’empreinte écologique de la captation et du stockage des données. Un autre type de risques est l’exclusion possible de certains modèles agricoles, la perte d’autonomie décisionnelle des agriculteurs et l’évolution du rapport de force avec l’amont et l’aval de la production. « Certaines technologies ne sont pas adaptées car elles n’intègrent pas les contraintes de certains modèles, explique le chercheur. Et certains outils, par exemple pour piloter la fertilisation, peuvent être imposés de façon contractuelle par l’aval de la filière. »
L’expérience de Stéphane Diard, éleveur laitier près d’Angers, illustre ces limites. « Nous avons choisi le robot de traite il y a treize ans avec une approche économique : il présente de l’intérêt malgré son coût. Mais nous sommes submergés par les données alors que nous en utilisons peu. Par ailleurs, nous pratiquons depuis vingt ans l’agriculture de conservation des sols où le numérique n’a pas trouvé sa place, car les facteurs à prendre en compte sont nombreux et les interactions complexes. Nous privilégions l’observation et l’échange en réseau. »
En conclusion, pour aller vers un usage du numérique favorisant l’agroécologie, Pierre Labarthe voit plusieurs axes : inventorier les outils disponibles ; évaluer de façon transparente leurs bénéfices au regard des coûts ; inclure la diversité des modèles agricoles afin de « casser l’image d’un numérique qui accompagne l’agriculture intensive ».
1. Livre blanc accessible librement sur www.inrae.fr.
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