Les associés du Gaec Dubois remplissent le dispositif de prévision de collecte mis en ligne par Sodiaal. Au-delà de la prime incitative versée par la coopérative, cette pratique s'inscrit dans la logique d'une répartition régulière des livraisons.
ILS SONT PRÈS DE 60 % DES PRODUCTEURS DE NORD-PICARDIE à compléter le tableau prévisionnel de livraisons laitières mis en ligne par la coopérative Sodiaal sur son extranet. Si, pour la coopérative, l'objectif est d'anticiper les volumes collectés afin de rationaliser l'efficacité de son outil industriel, il en va de même à l'échelle de l'exploitation. Pour Isabelle Dubois, installée à Bonningues-lès-Ardres (Pas-de-Calais), la prévision laitière fait partie intégrante du pilotage du troupeau : « Dans le cadre particulier de la coopérative, savoir planifier ses ventes peut donner accès à une prime, mais ça ne se limite pas à cela, explique-t-elle. D'une façon plus globale, cela permet de prévoir le nombre de génisses à conserver, de vaches à tarir ou à réformer, et d'adapter les stocks d'aliments. »
« UNE PRÉVISION PERMISE PAR LES DIAGNOSTICS DE GESTATION »
Plusieurs coopératives ont déjà un dispositif destiné à anticiper les volumes collectés mensuellement. La version mise en service par Sodiaal dès 2009 est l'Asap (Assurance sécurité approvisionnement partagée). Pour ses adhérents, elle consiste à saisir, dans un tableau, les volumes de lait qui seront livrés un trimestre à l'avance. En contrepartie, la coopérative verse une prime dont le montant dépend de l'écart entre la prévision saisie et le lait réellement collecté. Lorsqu'il est inférieur à 2 %, la prime s'élève à 5 €/1 000 l, entre 2 et 5 % de 3 €, et entre 5 et 10 %, de 2 €. En 2012, Isabelle a obtenu une prime chaque mois, à l'exception de septembre et novembre (voir graphique). Le montant annuel de l'Asap sur l'exploitation s'élève ainsi à 1 598 €.
« Il est plus difficile de coller à la prévision en période de transition alimentaire, constate l'éleveuse. Novembre correspond à l'ouverture des nouveaux silos. Or, cet automne, le maïs s'est révélé de qualité médiocre, pauvre en amidon et récolté à 26 % de MS, ce qui a nécessité un recalage de la ration. Quant à septembre, outre l'arrêt du pâturage, c'est surtout la période qui concentre encore le plus de vêlages, ce qui rend la prévision plus difficile à tenir. »
C'est à partir des confirmations de gestation réalisées par son vétérinaire que l'éleveuse établit ses prévisions sur un tableur Excel qu'elle a créé. En effet, le Gaec a souscrit auprès de son praticien un forfait « reproduction » qui comporte un diagnostic de gestation tous les trente jours. « Dans les jours qui suivent le diagnostic, j'enregistre toutes les confirmations dans un tableur. Je détermine les dates de vêlages des vaches comme des génisses, j'estime les dates de tarissement et de réforme afin de prévoir mois par mois le nombre exact d'animaux à traire que je multiplie par 26 l. Il s'agit d'un niveau inférieur à la production permise par ma ration de base (calée à 28 l) pour tenir compte du lait aux veaux et d'éventuelles mammites… La seule chose que je ne peux pas anticiper, ce sont les avortements. Cette méthode me permet d'établir mes livraisons assez précisément pour les cinq mois à venir. » Un délai qui répond aux exigences de l'Asap car, si le dispositif prévoit de saisir les volumes prévisionnels mois par mois pour l'année à venir, ces « mensualités » peuvent être réajustées jusqu'à trois mois avant la collecte effective.
« VALORISER UN MAXIMUM DE LAIT AU PRIX A »
Pour Isabelle, la bonne adéquation entre prévisions et livraisons s'explique avant tout par l'étalement des vêlages. « Il est plus facile de tenir ses prévisions dans ce système. Car la production d'une vache isolée est diluée au sein du troupeau et a donc à moins d'incidence sur le volume global. » Sur la ferme, la répartition des vêlages est régulière. Seul le mois de septembre concentre 20 % des mises bas, tandis que leur nombre est réduit au minimum en décembre pour passer les fêtes de fin d'année en famille plus tranquillement. De cette pratique découlent des pointes de travail moins marquées, mais aussi une baisse des problèmes sanitaires chez les veaux grâce à une plus faible concentration et à moins de places nécessaires en nursery. La mise à la reproduction toute l'année est facilitée par une conduite essentiellement en stabulation : les laitières ont 5 ha de pâture en période estivale et passent toujours la nuit en bâtiment.
« Aujourd'hui, cela représente un intérêt pour l'Asap, mais pas seulement. En répondant à la demande d'une plus grande régularité de la production, nous écoulons un maximum de lait au prix A. » À travers la planification de sa production, l'éleveuse ne se contente pas de livrer une matière première, elle garde une certaine maîtrise de la commercialisation de ses produits. « C'est toujours gratifiant de percevoir un complément de prix qui récompense nos efforts. C'est d'ailleurs un travail à poursuivre après 2015 car, même sans quota, il faudra toujours planifier ses ventes en fonction des places disponibles en bâtiment. »
JÉRÔME PEZON

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