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UE-MercosurParis ne « signera pas l'accord en l'état »

La France « ne signera pas en l'état » l'accord de libéralisation commerciale entre l'Union européenne et les pays du Mercosur, a affirmé jeudi le ministre français du commerce extérieur, qui « attend des garanties tangibles et objectivables » des quatre pays concernés « sur l'environnement et les normes sanitaires ».

« Ce n'est pas en se repliant qu'on va s'en sortir, mais nous ne nous satisferons pas d'une déclaration politique sur des engagements en matière environnementale venant des quatre pays concernés », à savoir l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay et le Paraguay, a déclaré le ministre Franck Riester à l'AFP, à l'issue d'une réunion du comité de suivi de la politique commerciale, rassemblant élus, fonctionnaires, ONG, syndicats et patrons ou responsables de filières économiques.

« Cela prendra beaucoup de temps », mais « nous ne voulons pas que ces accords », permettant notamment plus d'exportations vers l'UE de viandes et produits agricoles du Mercosur, « entraînent plus de déforestation, au contraire », a-t-il ajouté.

L'accord conclu en 2019, après plus de 20 ans de négociation, vise à créer un marché de quelque 750 millions de consommateurs entre les 27 pays de l'Union européenne et les quatre pays du Mercosur. Mais le processus de ratification s'est ralenti depuis la multiplication des incendies dans l'Amazonie, la France et l'Allemagne notamment déplorant le manque d'engagement du Brésil à défendre l'environnement. « Nos exigences sont claires, nous devons travailler sur le fond pour les rendre les plus objectivables possible afin d'avancer sur l'accord » a dit M. Riester en regrettant que les derniers engagements pris en décembre par le Brésil en matière de réduction de gaz à effet de serre aient été « encore moins ambitieux que les précédents ». « Si le Brésil change ses positions lors de la COP26 (prévue en novembre à Glasgow, NDR), cela irait dans le bon sens, mais il faudrait en plus des éléments tangibles de vérification » a-t-il ajouté, en citant notamment le besoin d'un « instrument technique et juridique européen permettant de vérifier que chaque importation n'a pas d'impact négatif sur la déforestation ». Une initiative législative européenne de ce type, « cela prend des mois ou des années » a-t-il dit.

Concernant les éleveurs bovins, farouchement opposés à l'accord, M. Riester a évoqué la mise en place de « clauses miroirs » permettant de vérifier si les normes sanitaires des viandes importées seraient respectées. Mais, selon lui, il est « hors de question de n'accepter aucune importation, car pas d'importation signifie pas d'exportation ». « Il faut davantage de moyens de protéger les éleveurs et les consommateurs, je suis convaincu que ce n'est pas en se repliant et en mettant tout le monde dans des bulles qu'on va s'en sortir, en revanche il faut que les éleveurs soient en situation de concurrence équitable », a-t-il dit.

« Pour les éleveurs français, qui sont les premiers producteurs de viande bovine en Europe grâce à un modèle d'élevage allaitant majoritairement à l'herbe, et qui souffrent déjà de revenus très bas, cet accord est une catastrophe, car il accepte l'importation en Europe de 99 000 tonnes de viande bovine du Mercosur à 7,5 % de droit de douane, avec des normes sanitaires de production interdites en Europe », avait déclaré le responsable de la Fédération Nationale Bovine Bruno Dufayet à l'AFP lundi. Selon la FNB, les élevages brésiliens utilisent notamment des antibiotiques comme dopage de croissance, une pratique interdite en Europe.

Un rapport officiel français estimait fin 2020 que l'accord augmenterait de 25 % la déforestation au Brésil. Le Brésil, en revanche, critique ce qu'il juge être une attitude protectionniste de la France.

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