Entre la France et l'UE, une défiance croissante sur fond de Mercosur

La France est parmi les états-membres les plus sévères à l'égard de l'UE avec la Grèce et la République tchèque, à l'inverse de la Suède, du Portugal, du Danemark ou de l'Irlande.
La France est parmi les états-membres les plus sévères à l'égard de l'UE avec la Grèce et la République tchèque, à l'inverse de la Suède, du Portugal, du Danemark ou de l'Irlande. (©Illustrez-vous, Adobe Stock)

Un sondage publié mercredi confirme la défiance croissante des Français à l'égard de l'Union européenne, et la tendance pourrait s'accentuer sur fond de tensions concernant l'accord commercial avec le Mercosur.

Une nouvelle fois, la France figure parmi les pays les plus critiques à l'égard de l'UE dans l'Eurobaromètre, une vaste enquête réalisée dans les 27 États européens. 29% des Français interrogés ont une opinion négative de l'UE, un score en hausse par rapport au printemps dernier (25 %), et le plus élevé en Europe avec les Grecs (29 %).

33 % des Français ont une « image neutre » de l'Union européenne et 38 % une opinion positive. Dans l'ensemble, la France est parmi les plus sévères à l'égard de l'UE avec la Grèce et la République tchèque, à l'inverse de la Suède, du Portugal, du Danemark ou de l'Irlande, particulièrement enthousiastes vis-à-vis du projet européen.

« Il y a une tendance spécifique à la France, toujours un peu plus critique », convient Delphine Colard, porte-parole de Parlement européen, qui a publié l'Eurobaromètre. Les sondés ont été interrogés en novembre, relève cette responsable. « On n'était pas encore dans le dur des discussions sur le Mercosur », cet accord de libre-échange avec l'Amérique latine, qui a poussé les agriculteurs dans la rue, particulièrement en France, en décembre et en janvier.

Les Français seront-ils encore plus critiques dans le prochain sondage ? « Ce qui est extrêmement dangereux, c'est que le Mercosur alimente l'euroscepticisme », redoute auprès de l'AFP un haut fonctionnaire européen, anonymement.

Von der Leyen « n'incarne pas l'UE »

La classe politique française est unanime contre ce traité commercial avec l'Amérique latine. Et le gouvernement a opté pour un ton particulièrement offensif, y compris vis-à-vis de la présidente de la Commission, l'Allemande Ursula von der Leyen.

« Il est hors de question de brader l'agriculture française pour privilégier l'industrie allemande », a lancé la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon le 22 janvier. Avant de glisser qu'Ursula von der Leyen « n'incarne pas l'Union européenne. Ceux qui incarnent l'Union européenne, ce sont les eurodéputés, les chefs d'État et les peuples ».

Les critiques contre la gestion très centralisée d'Ursula von der Leyen ne sont pas nouvelles, y compris en interne où certains responsables de la Commission voudraient davantage de marges de manœuvre. Mais elles ont redoublé durant le second mandat de la présidente de la Commission, par exemple l'été dernier quand elle est allée parapher en Écosse un accord commercial avec les États-Unis, jugé déséquilibré par une partie de la classe politique.

Puis la signature du traité de libre-échange avec l'Amérique latine a tendu les relations avec la France. Durant les manifestations d'agriculteurs, Ursula von der Leyen a été régulièrement huée, quand bien même cet accord avec le Mercosur était soutenu par une majorité de dirigeants européens, de l'Allemagne à l'Espagne en passant par les pays scandinaves.

« Autoritarisme bureaucratique »

Certains diplomates européens pointent une forme de germanophobie voire de machisme dans les reproches régulièrement adressés à la cheffe de l'exécutif européen. Et au-delà du Mercosur, la relation ambivalente des Français avec l'Union européenne inquiète à Bruxelles, dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027.

Dans la bulle européenne, nombre de fonctionnaires et de diplomates redoutent l'arrivée au pouvoir en France de l'extrême droite, qu'elle soit représentée par Marine Le Pen ou Jordan Bardella, qui pourfend régulièrement « l'autoritarisme bureaucratique d'Ursula von der Leyen » et « la machine administrative » de Bruxelles.

« On peut vivre avec (le Premier ministre tchèque Andrej) Babis, on vit très bien avec (la cheffe du gouvernement italien Giorgia) Meloni. Mais là, c'est complètement autre chose », estime un haut fonctionnaire européen, au moment où le Rassemblement national caracole dans les sondages.

Le même nuance l'impact du Mercosur sur l'opinion, en soulignant qu'à l'inverse, la crise avec Donald Trump au sujet du Groenland a poussé l'Europe à resserrer les rangs. Les tensions avec les États-Unis ont entraîné une « multiplication des appels à la souveraineté et à l'unité européennes », insiste-t-il. Dans l'Eurobaromètre, les Français restent encore majoritaires (53 %) à penser que l'appartenance à l'Union européenne est une « bonne chose ». Un score nettement en dessous de la moyenne des Européens (62 %).

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