Le conseil régional de l'Ordre des vétérinaires de Bretagne a demandé jeudi des sanctions contre un vétérinaire d'Ille-et-Vilaine pour avoir publiquement critiqué la stratégie officielle d'abattage total des troupeaux touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).
Le président national de l'Ordre, Jacques Guérin, avait déposé plainte contre le Dr Gaël Gounot pour des propos tenus lors d'un webinaire organisé par la Coordination rurale le 23 juillet 2025, moins d'un mois après l'identification d'un premier cas de DNC en Savoie.
Le Dr Gounot y répétait à plusieurs reprises être « contre l'abattage total », une position qu'il a maintenue jeudi à Rennes devant la chambre de discipline régionale de l'Ordre, chargée de sanctionner d'éventuels manquements au code de déontologie des vétérinaires.
Pour étayer sa position, le Dr Gounot citait durant le webinaire des éléments scientifiques ainsi que l'impact psychologique de ces abattages sur les éleveurs. « Je ne comprends pas les soi-disants experts qui ont conseillé la ministre » de l'agriculture dans sa stratégie sanitaire contre la dermatose, avait-il notamment lancé.
Pour l'Ordre des vétérinaires, cette prise de position publique va non seulement à l'encontre d'une mesure légale mais porte aussi atteinte à l'image et à la dignité de la profession de vétérinaire. En s'exprimant dans ce webinaire de la Coordination rurale, Gaël Gounot aurait en outre « aliéné son indépendance professionnelle au profit d'une cause militante syndicale ».
Dans la plainte, il est également reproché au Dr Gounot d'avoir donné une expertise sur un sujet sur lequel « il n'a a priori pas les connaissances scientifiques suffisantes » et d'avoir fait une « communication inappropriée » pouvant « induire en erreur le public ».
Le représentant du conseil régional de l'Ordre a demandé à son encontre une « réprimande », tout en demandant à la chambre de prendre en compte « les risques qu'a fait encourir notre confrère aux vétérinaires chargés d'appliquer la stratégie de lutte dans les zones touchées » par la DNC.
« Au mois de juillet, je n'imaginais pas tout ce qui allait se passer par la suite », comme les manifestations d'agriculteurs ou les vétérinaires pris à partie sur les exploitations, s'est défendu Gaël Gounot. Son avocat a plaidé la relaxe, invoquant la liberté d'expression et l'absence de toute infraction.
« La communication est libre mais la liberté, c'est aussi la responsabilité des vétérinaires face aux propos qu'ils tiennent, qui peuvent être mal interprétés », a estimé à l'audience le président national de l'Ordre.
Jacques Guérin a précisé avoir porté plainte contre « une dizaine de vétérinaires » au total pour des propos similaires à ceux du Dr Gounot. La chambre, composée de quatre vétérinaires et présidée par une magistrate professionnelle, rendra sa décision le 9 avril.
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