Le réchauffement climatique pointe la nécessité d’anticiper les changements pour sécuriser la disponibilité des fourrages. Pour l'herbe, une nouvelle courbe de production est attendue avec une augmentation de la pousse durant les hivers doux, et un allongement du déficit estival. Concernant les maïs, « l’intervalle entre la floraison et la récolte va encore se réduire, limitant la période optimale de récolte de la plante au bon taux de matière sèche », indique Jérôme Pavie, chef du service fourrages et pastoralisme à l’Idele.

Quelles conséquences le réchauffement climatique va-t-il engendrer pour les productions fourragères ? Première impactée, la production d’herbe. La courbe de croissance type d’une prairie affiche aujourd’hui un pic au printemps, un creux d’été, puis un rebond en automne.

À la fin du siècle, les prévisionnistes anticipent un probable déplacement du pic de production plus précocement, une augmentation de la pousse durant les hivers doux, et un allongement du déficit estival.
Les stocks réalisés au printemps pourraient ne plus servir à nourrir les animaux l’hiver mais l’été, avec un pâturage d’hiver là où c’est possible
Jérôme Pavie, chef du service fourrage et pastoralisme à l’Idele, explique : « Globalement, on aura peut-être la même production fourragère en rendement de matière sèche par hectare. Mais sera-t-on capable d’aller exploiter nos prairies quand il y aura de l’herbe ? La portance le permettra-t-il ? Le pâturage en hiver sera-t-il possible ? Et est-ce que l’intensité de la sécheresse d’été ne sera pas telle que le rebond d’automne sera fortement altéré ? L’année dernière déjà la sécheresse s’est prolongée et la reprise automnale n’a pas eu lieu dans certaines régions. En revanche, un pâturage d’hiver a été possible. Tout cela pose la question de l’adaptation des systèmes à cette nouvelle courbe de production de la prairie. Les stocks réalisés au printemps pourraient ne plus servir à nourrir les animaux l’hiver mais l’été, avec un pâturage d’hiver là où c’est possible ».
En 2050, seulement six jours pour récolter les maïs au bon taux de MS
Autre modification probable, la croissance des végétaux et leur cycle : depuis la fin des années 1970, l’intervalle entre la floraison et la récolte du maïs s’est constamment réduit. Une tendance qui devrait se confirmer et limiter encore la période optimale de récolte de la plante au bon taux de matière sèche. « La plage d’intervention diminuera sensiblement. En 2050, nous devrions disposer de six jours maximum pour récolter au bon stade ».

Toutes les cultures ne seront pourtant pas perdantes. La luzerne, entre autres, pourrait tirer son épingle du jeu avec un démarrage plus précoce et un gain de productivité accru. « Certaines cultures vont en effet profiter de l’élévation du taux de CO2 dans l’atmosphère, moteur de la photosynthèse. Hélas, comme toujours, si les pluies sont insuffisantes, cette ressource sera difficilement mobilisable », poursuit Jérôme Pavie.
Réchauffement pas forcément synonyme de moins de pluie
Jérôme Pavie est de ceux qui s’en tiennent aux chiffres, et pour lui le réchauffement climatique ne fait aucun doute. « Les données météo confirment que depuis le début de l’ère industrielle, le processus est en marche ». « À l’échelle de la France, on constate un réchauffement moyen des températures. Les dernières années ont notamment compté parmi les plus chaudes. Les raisons sont maintenant bien connues, principalement l’excès d’émissions de gaz à effet de serre du à l’activité humaine ».
Au niveau mondial, la hausse des températures n’est pas vécue de la même façon. Si les régions chaudes le subissent peu, l’impact du réchauffement est plus sensible dans les zones plus froides. « Mais réchauffement ne veut pas forcément dire moins de pluie, reprend Jérôme Pavie. Depuis 1960, la moitié nord de la France subit une augmentation des précipitations. Or, eau et chaleur sont deux facteurs favorables à l’agriculture... à condition que la pluie tombe au bon moment et que l’eau soit mobilisable par la végétation ». Un facteur limitant en période estivale pendant laquelle la hausse du thermomètre combiné à l’accroissement de l’évapotranspiration et la réduction des précipitations freinent la croissance des végétaux.
« Nos latitudes conserveront encore toutefois une variabilité inter-annuelle persistante, mais avec une moyenne des températures plus élevée », précise l’expert dont le discours ne se veut pas alarmiste.
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