Après avoir arrêté la traite en 1989 à la suite du départ à la retraite de ses parents, Philippe Collin a remonté un troupeau laitier sur la ferme familiale, dans le cadre de l'installation de sa fille.
Qui a dit qu'un agriculteur qui arrête le lait n'y reviendra jamais ? Le projet mené par Philippe Collin et Régis Monot, à Blacy, en pleine zone céréalière de l'Yonne, est là pour tordre le cou à cette idée : en 2013, après vingt-cinq ans de spécialisation céréalière, ils créent de toutes pièces un atelier laitier bio de 70 vaches avec deux jeunes candidats à l'installation. Projet ambitieux, dont la viabilité est assurée par la présence de Biolait qui collecte les trois quarts de la production. Le reste, transformé en produits laitiers frais et fromages, est écoulé pour moitié en Amap et pour moitié à la ferme.
BESOIN D'OUVERTURE. Pour Philippe, la boucle est bouclée : il s'est installé en élevage laitier en 1979 et, après avoir arrêté la traite en 1989, il rechausse les bottes à 56 ans pour permettre l'installation de sa fille Fanny et d'Adrien Andruszkow. S'il arrête le lait à l'époque, c'est en raison du départ à la retraite de ses parents. Pour cet homme curieux et passionné de politique, cette décision correspond avant tout à un choix de vie : « Je me sentais éleveur et si j'avais pu trouver un associé, j'aurais conservé les vaches. Mais je m'étais installé avec l'objectif un peu prétentieux de ne pas être un paysan comme les autres, c'est-à-dire avec l'ambition légitime d'avoir une vie sociale, ce qui n'était pas possible en restant seul sur la ferme. » Sa soif d'ouverture sur le monde, il va l'étancher dans son cadre professionnel.
CONVICTION. D'abord en tant que membre fondateur de la Fédération nationale des syndicats paysans. Puis en tant que trésorier et porte-parole de la « Conf » jusqu'en 2013, ou encore comme vice-président de la coopérative céréalière bio locale. Car il a converti ses terres en bio et, en 2005, saisi l'opportunité de s'associer avec Régis, son voisin céréalier. Sans l'engagement syndical de Philippe, « parfois frustrant, mais indispensable », l'atelier lait n'aurait sans doute pas vu le jour : « J'ai acquis la conviction que pour défendre l'agriculture familiale, il faut aussi installer des jeunes et développer des projets collectifs. J'ai donc mis fin à ma fonction de porte-parole syndical, car je me sentais encore assez d'énergie pour bâtir ce projet. »
ENGAGEMENT. Au final, la mise en route de l'élevage a permis d'installer Fanny et Adrien et de créer deux emplois en plus, avec une production de 350 000 litres, sur 310 ha de SAU. Ainsi, Philippe a su concrétiser ses convictions et s'il continue de défendre le prix du lait en tant que représentant de Via Campesina à l'Observatoire européen des prix et des marges, il envisage son après-carrière loin des vaches : « Après quarante ans de travail, je veux prendre le temps de lire, de voyager, d'aller au théâtre, de m'occuper de mon petit-fils ou de participer à des colloques au sein de l'association des Agronomes et vétérinaires sans frontières. »
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