Ces deux éleveurs de l'Ouest ont cru à un nouvel élan grâce à l'Apli en 2009. Aujourd'hui, ils se demandent si leurs fermes de 500 000 litres de lait ont encore un avenir.
Comment avez-vous vécu la crise de 2009 ?
Laurent Noblet : Je me souviens d'un grand rassemblement organisé par l'Apli en 2009, à Saint-Méen-le-Grand (Ille-et-Vilaine). Nous étions plus de 1 000 et nous avons eu le sentiment que les choses allaient changer. La FNSEA était dans sa bulle, loin de la base qui subissait une crise terrible. Ce jour-là, nous avons cru que les éleveurs pouvaient agir, peser sur des orientations qui seraient enfin prises dans leur intérêt. La grève du lait, c'était énorme. Le syndicalisme majoritaire a été ébranlé. Mais l'Apli s'est fait piéger. Et au final, la FNSEA s'est renforcée. Mais beaucoup ne lui font plus confiance.
Didier Crusson : À l'époque, j'étais syndiqué à la FDSEA et administrateur à la FNPL. J'ai vu que mon syndicat n'entendait pas ou ne comprenait pas la colère des éleveurs. Je l'ai dit aux collègues. Mais le message passait mal. J'ai quitté ce syndicat à ce moment-là.
Pourquoi celle d'aujourd'hui vous paraît-elle encore pire ?
L.N. : Les gens veulent sortir, exprimer leur désarroi. Mais quand ils rentrent des manifestations, les paysans se retrouvent isolés. Leur mobilisation n'a débouché sur aucune solution. On voit, ici ou là, des actions organisées en marge du syndicalisme. La FNSEA ne fédère plus. La solution se trouve à Bruxelles. Que fait Xavier Beulin pour influer le Copa Cogeca ? On en arrive à souhaiter une catastrophe qui ferait chuter la production ailleurs. C'est terrible. L'Union européenne devrait être une famille. Et on se retrouve en concurrence avec des collègues. De plus, auparavant, il y avait des préretraites, une politique d'installation. Aujourd'hui, personne n'accompagne ceux qui doivent partir.
D.C. : On nous dit que le marché va réguler. Mais c'est faux. Ou alors, à quel prix ? Avec une surproduction, les prix ne peuvent être que bas. La FNSEA est dans une logique de restructuration, de recherche sans fin de compétitivité. Nous sommes nombreux à refuser cette spirale. Ce syndicat a fait une erreur stratégique faute d'avoir bien anticipé la fin des quotas. Elle aurait dû garder la main sur la production au lieu de la laisser aux laiteries. Mais si elle ne l'a pas fait, c'est peut-être aussi un choix. Je pense qu'elle voulait en arriver là. Pourquoi ne pas essayer de préserver les exploitations ? D'autant plus que la société ne veut pas de grosses structures. Nous devons l'entendre.
Comment voyez-vous votre avenir?
L.N. : J'ai choisi mon métier par passion. Je travaille beaucoup, mais c'est mon choix. Les générations précédentes ont fait la même chose. Elles ont récupéré un petit capital à la fin en cédant leurs exploitations. J'ai bien peur de ne pas avoir cette chance. Que vaudra mon installation dans dix ans ? J'ai des doutes. On essaie de positiver, de faire au mieux pour tenir. Mais c'est dur.
D.C. : J'attends de voir mes résultats comptables et je suis un peu inquiet. J'ai l'impression que face aux grosses exploitations qui se montent, nos exploitations familiales n'ont plus leur place. On se sent presque de trop. Et pourtant, le financement des reprises de ces gros outils pose question.
PROPOS RECUEILLIS PAR PASCALE LE CANN
Didier Crusson, 45 ans, produit 500 000 l de lait sur 80 ha, avec sa femme, à Férel (Morbihan). Il a quitté ses responsabilités à la FNSEA en 2009 et a fait la grève du lait.
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