Les interventions de la salle ont été anormalement nombreuses à la dernière AG du groupe Sodiaal. Et, sans surprise, sur le prix du lait : « À 300 €/1 000 l, on est dans le trou », expliquait ce producteur sarthois. « On s'était préparé à une baisse de 10 % sur 2015. Mais je crains qu'on ne finisse à - 25 % », s'inquiétait un autre du Sud-Ouest. Ce jeune Breton, candidat non adoubé par sa région au bureau de la section Bretagne-Est, a mis les pieds dans le plat. Appelé à se présenter à l'assemblée, il a fustigé les performances du groupe « très en deçà de celles d'un Friesland-Campina ». La coopérative néerlandaise est l'exemple à suivre avec, d'après l'observatoire du LTO, un prix du lait producteur comparable à Sodiaal en 2014 de 382 €/1 000 l (lait à 42/33) mais avec, en plus, un bonus de 29,20 €/1 000 l lié aux performances du groupe.
Si les attentes des sociétaires sont énormes envers Sodiaal, elles ne le sont pas moins du syndicalisme, impatients qu'il tire le prix du lait à la hausse. Et in fine oblige Lactalis qui, depuis des lustres s'aligne sur lui, à remonter le sien. Mais croire qu'il puisse réaliser cette prouesse en deux coups de cuillère à pot, c'est feindre d'oublier d'où revient le numéro un de la coopération laitière française.
Un mix-produit plus équilibré que depuis 2011
Ce n'est qu'en rachetant Entremont et, du même coup, en remettant la main sur Eurosérum (qu'il avait dû céder dans ses années noires), que le groupe jusqu'alors trop « lait de consommation dépendant » a retrouvé, en 2011, un semblant d'équilibre. Pourquoi croyez-vous que le gouvernement et le syndicalisme majoritaire aient tout fait pour que ce fromager ne tombe pas sous la coupe de Lactalis ?
« La transformation de Sodiaal est en marche », a d'ailleurs rappelé Frédéric Rostand, DG du groupe. Traduisez qu'elle n'est pas achevée. Certes, ce dernier a atteint une taille critique avec 4,8 md de litres collectés auprès de 13 200 producteurs et en multipliant par 2,5 son chiffre d'affaires en quatre ans. Mais il doit continuer de gagner en compétitivité et rentabilité, notamment sur ses activités lait de consommation, beurre, crème et poudres de lait, à l'instar du redressement spectaculaire opéré chez Entremont. C'est la raison pour laquelle le groupe, qui a investi en 2014 120 M€, va continuer son effort au rythme de 100 M€ par an sur les six prochaines années. Notamment pour les tours de séchage obsolètes d'Eurosérum et faire qu'il este leader sur le marché des poudres de lactosérum... Autant dire que la pression restera forte sur le prix du lait, sans parler de la conjoncture. C'est elle qui a plombé le résultat 2014. En cause : la rupture de contrat d'un client pesant 25 % du chiffre d'affaires de Nutribio et l'embargo russe. Sodiaal estime son impact à 50 M€.
JEAN-MICHEL VOCORET
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