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Produire du lait bioLes résultats économiques sont-ils conformes aux attentes des producteurs ?

Les meilleurs prix d'équilibre en bio sont obtenus avec un système qui soutient la production à la vache mais attention l'autonomie alimentaire ! (©Terre-net Média)
Les meilleurs prix d'équilibre en bio sont obtenus avec un système qui soutient la production à la vache mais attention l'autonomie alimentaire ! (©Terre-net Média)

En bio : viser l'autonomie alimentaire quitte à produire moins ou viser la production par vache avec une consommation de concentrés supérieure ? Le BTPL compare deux systèmes de production

Les éleveurs laitiers ont été nombreux à achever leur conversion vers la production de lait biologique depuis 24 mois. Avec + 10 % de lait produit l’année passée, et + 15 % en 2019, la France poursuit sa croissance. Elle est le 2e producteur européen. Mais derrière cet intérêt suscité pour la production de lait bio, les résultats économiques sont-ils conformes aux attentes des producteurs ?

Tour d’horizon des résultats chez les éleveurs bio suivis par le Bureau Technique de Promotion Laitière (BTPL) via son réseau Ecolait.

438 000 litres produits par exploitation

L’exploitation « moyenne Ecolait » en production biologique a produit 438 000 l de lait en 2020, sur 106 ha de SFP, avec 70 vaches. La SAU est de 143 ha. La main d’œuvre « lait » se compose de deux associés + un salarié à 2/3 temps. Sans surprise, l’herbe occupe une part prépondérante dans ces systèmes. 87 % de la SFP est toujours en herbe. Le maïs occupe 7 % des hectares (maïs ensilage et maïs épi). Les méteils occupent en général le reste de la SFP.

Prix du lait toutes primes à 466 €/1 000 l

Le prix du lait est de 466 €/1 000 l. Les aides couplées et le produit viande complètent les produits, + 59 €/1 000 l et + 41 €/1 000 l. Les charges opérationnelles s’élèvent à 173 €/1 000 l, dont :

- 66 €/1 000 l pour les concentrés vaches,

- 29 €/1 000 l pour les génisses,

- 21 €/1 000 l pour la production des fourrages,

- 57 € pour les autres charges (dont les frais d’élevage).

La marge brute est de 393 €/1 000 l et 90 102 € par UMO rémunérée.

Coût de production des élevages laitiers bio
La marge brute d'un élevage laitier bio moyen du réseau Ecolait est de 393 €/1 000 l (©BTPL - Ecolait 2020)
 

4 500, 6 000 ou 7 500 l/VL/an : quelle stratégie de production ?

Dans cet échantillon, la moyenne économique est de 6 288 litres/vache/an. Les productions par vache sont plus ou moins intensives. Nous retrouvons de façon assez classique les deux grands systèmes :

- réduction massive des charges, avec une production à la vache plus faible (S1)

- et de l’autre côté une production individuelle plus soutenue, mais avec les frais associés (S2)

S1
AB < 6 500 l/VL
S2
AB > 6 500 l/VL
Surface fourragère lait (ha)11199
Moyenne économique (l/VL/an)5 2877 510
Effectif moyen (VL présentes)7764
Lait produit/UMO lait (litres)219 692245 612
Produit lait (€/1 000 l)460471
Charges opé (€/1 000 l)164186

Marge brute lait (€/1 000 l)

392389
Marges brute lait (€/UMO)86 76393 243

Entre les deux groupes, il y a 6 500 € d’écart sur la marge brute par UMO. Les charges opérationnelles sont plus élevées de 22 €/1 000 l pour le groupe > 6 500 l/vache. C’est essentiellement lié à l’apport de concentrés supplémentaire pour les vaches laitières. Ces charges sont compensées par une meilleure production, + 26 000 l. Il n’y a pas de différence significative entre les systèmes sur les taux, en revanche le système 2 (> 6 500 l/VL), obtient une meilleure qualité du lait. Ces élevages, avec une productivité plus soutenue, ont aussi un produit viande plus élevé, + 7 €/1 000 l.

Ci-dessous, les rations (en haut le système > 6 500 l/VL avec un coût alimentaire de 150 €/1 000 l, en bas le système < 6 500 l/VL pour 144 €/1 000 l) :

Rations systèmes laitiers bios
La part de fourrage est plus importante dans le système AB < 6 500 l/VL. (©BTPL)

La productivité par vache rattrape une partie du cout supplémentaire en concentrés car le coût des fourrages se trouve dilué avec une plus forte productivité. Avec 144 €/1 000 l, le groupe 1 (< 6 500 l/VL), améliore son cout alimentaire de seulement 6 €/1 000 l. Il est important de préciser que les coûts fourragers sont calculés selon la méthode BTPL « rendus silos » (avec les charges de structure affectées à chaque production de fourrages, fermage inclus). Il faut retirer 20-25 € à ce coût pour avoir le coût alimentaire calculé via les centres comptables.

Le groupe 2 (> 6 500 l/VL) est plus généreux en correcteur azoté, 325 kg/VL, et en concentrés totaux, 1 434 kg/VL, avec plus du maïs épi, 340 kg/VL.  En comparaison, les vaches du groupe 1 (< 6 500 l/VL) reçoivent 106 kg de correcteur azoté, 916 kg de concentrés au total, et seulement 22 kg de maïs épi. La ration du groupe 1 (< 6 500 l/VL) reflète la stratégie que nous pourrions qualifier d'« autonomie alimentaire », avec pas ou très peu de concentré azoté et une majorité de concentrés consommés autoproduits.

34 €/1 000 l en faveur du groupe 2 sur le prix d’équilibre

Sur les charges de structures, l’effet du volume par UMO joue fortement sur les composantes du prix d’équilibre.

En premier lieu, les annuités (77 €/1 000 l contre 93 €/1 000 l) et la rémunération des associés (84 €/1 000 l contre 124 €/1 000 l), et secondairement 60 €/1 000 l contre 72 €/1 000 l pour les frais généraux, assurances et entretien bâtiment. Le prix du lait couvre les charges et la rémunération des associés à 2 Smic/UMO.

AB
<6 500="" l="" vl="" td="">
AB
>6 500 l/VL
Prix d'équilibre avec rémunération de la main d'œuvre associée à 2 Smic (€/1000 l)461427
Revenu disponible atelier lait (€/UMO)35 59241 307

Source BTPL prix d'équilibre 2019

En production biologique, plusieurs stratégies sont envisageables. Les meilleurs prix d’équilibre sont obtenus avec un système qui soutient la production à la vache, via les fourrages conservés et les concentrés, + 6 000 €/UMO/an. Néanmoins les écarts restent relatifs. La stratégie à moindre coût est possible et rentable, mais il faut serrer fortement les investissements et les charges de structure. Avec des investissements récents, maintenir le volume livré s’avère pertinent pour faire face aux annuités. Les revenus disponibles sont similaires aux revenus disponibles en production conventionnelle.

Les éleveurs du système avec une productivité moins forte à la vache conduisent sept vaches de plus (10 %). D’un point de vue du travail, l’effet n’est pas ressenti. Ces vaches peuvent toutefois compliquer l’accès à l’auge et la bonne gestion de la qualité du lait, en cas de bâtiment trop petit. Cela pénalise aussi la sécurité fourragère, quand la surface est limitante. À noter que les éleveurs, en production biologique, ont 20 vaches de moins par UMO, vis-à-vis des élevages conventionnels.

Avec moins de vaches et moins de surface, les élevages du groupe 2 (> 6 500 l/vache), produisent et livrent plus de lait. Un effectif plus réduit, c’est moins de vaches à la traite et sous le bâtiment. La recherche d’autonomie alimentaire est moins prépondérante avec un risque conjoncture vis à vis des approvisionnements, principalement en concentrés.

Selon le contexte propre à chaque élevage et à la région (sols et climat), ainsi que les motivations personnelles, les deux stratégies sont envisageables. Elles doivent tenir compte du contexte pédoclimatique et de l’accès au foncier. Des opportunités liées à de nouveaux cahiers des charges ou des aides à la production biologique peuvent influencer de façon significative le choix de l’une ou l’autre des stratégies.

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