Face à la perte de rentabilité de la cogénération, l’injection de biogaz est une évolution possible des unités de méthanisation. La rentabilité de l’opération est à étudier au cas par cas.
Sous l’impulsion de l’État, la méthanisation agricole s’est développée dès 2006 en produisant de l’électricité et de la chaleur par cogénération. L’activité a bénéficié d’un tarif d’achat de l’électricité garanti. « À la suite des crises Covid et ukrainienne et à la forte inflation de 2021 à 2023, les coefficients de révision des tarifs de vente de l’électricité par cogénération n’ont pas été revus, ce qui a entraîné d’importantes difficultés économiques pour les unités en fonctionnement », explique Guillaume Virole, chargé d’étude chez Solagro, association spécialisée dans l’accompagnement vers la transition énergétique des exploitations. L’État a alors donné la priorité à l’injection de biométhane dans le réseau. L’arrêté du 8 septembre dernier a abrogé le tarif d’achat par cogénération pour les nouvelles installations et propose un nouveau système de contrats de vente de biométhane accessible aux unités en fonctionnement : les certificats de production de biogaz ou CPB.
Même éloigné, le raccordement est possible
Ainsi, la conversion à l’injection apparaît comme une option possible, pour pérenniser les unités de cogénération existantes. Mais il ne faut pas sous-estimer les contraintes et les réinvestissements. « Pour envisager la conversion, il n’est pas indispensable d’être sur une commune raccordée au gaz. Une extension longue est possible. Bien sûr, plus on est éloigné, plus le coût sera élevé. À l’inverse, la proximité du réseau n’est pas une garantie, si la production est trop faible, ou le réseau local déjà saturé. » L’injection n’est envisageable que pour les unités d’au minimum 250 kW. Le préalable est de se rapprocher de GRDF, pour une première étude de faisabilité gratuite, avant une étude détaillée, soit 14 000 à 15 000 € de frais de dossier (subventions possibles de l’Ademe, de la Région, de fonds européens selon les régions). L’opérateur peut financer jusqu’à 60 % du coût du raccordement, avec un plafond de 600 000 €. GRDF évoque un coût moyen de 200 k€ à la charge du porteur de projet sur ce volet.
Des projets de 1,5 M€ à plus de 3 M€
Il faut ensuite prévoir l’achat d’un épurateur, pour 700 k€ à 1 M€. Il faut aussi prendre en compte le terrassement, le renouvellement d’équipements, parfois des modifications de process et de l’accompagnement technique et juridique, voire un dossier ICPE lors de modifications réclamant une montée en puissance. « Il s’agit de projets a minima de 1,5 M€, qui peuvent vite monter à 2 M€, voire 3 M€ et plus », souligne le spécialiste. D’où l’intérêt, pour ne pas dire l’obligation, de se faire accompagner par un bureau d’études, pour concevoir au mieux l’évolution du site.
La vente de biogaz passe ensuite par un contrat d’achat de gré à gré, entre un producteur et un fournisseur d’énergie (Engie, Save Energies…), appelé « contrat BPA » (Biomethane Purchase Agreement). La négociation du tarif se structure autour de deux indicateurs : le prix du gaz naturel et les CPB. Les CPB constituent une obligation légale ayant pour objectif d’incorporer 4,15 % de gaz vert produit en France dans les consommations de gaz naturel d’ici à 2028, avec des pénalités s’ils ne sont pas atteints.
Des contrats de long terme révisables
Mais ces pénalités ne sont pas indexées dans le temps et, au-delà de 2028, les pouvoirs publics doivent encore définir la trajectoire des CPB. « La filière est donc en attente d’un message politique clair, analyse Guillaume Virole. On imagine que cela ira au-delà de 2028, mais compte tenu de l’instabilité actuelle, il s’agit de négocier des contrats de la plus longue durée possible (quinze ans), avec des clauses sécurisantes et des coefficients de révision de tarifs cohérents suivant l’inflation. » Une approche juridique qui implique de s’adjoindre les services d’un avocat.
Ce type de projet ne bénéficie pas de subventions à l’investissement. Pour boucler les financements, il est possible d’y intégrer des tiers financeurs : épargne citoyenne, collectivités, entreprises locales, mais aussi des grands groupes, les constructeurs, ou les fournisseurs d’énergie. La Banque populaire a par exemple créé la BTE (Banque de la transition énergétique) dédiée à la collecte d’épargne verte et au financement de projets en faveur de la transition énergétique. Elle a collecté 462 M€ d’épargne. « Quelle que soit la formule, je crois que les éleveurs doivent garder la main sur le projet, pour que l’activité économique bénéficie au maximum à la ferme et au territoire. » Si ces projets constituent une opportunité, certains ne sont économiquement pas faisables. Dans tous les cas, il ne faut pas se précipiter et bien étudier les différents aspects avant de se lancer.

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