Cent neuf producteurs de lait du Sud-Ouest sont menacés de devoir cesser leur activité, victimes potentielles du désengagement d'un grand groupe laitier espagnol et, selon la profession, de la dérégulation du marché européen.
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Leche Pascual avait pris pied en France pour sécuriser ses approvisionnements en lait parce que l'Espagne n'en produisait pas assez. A la toute fin des années 2000, il a été durement affecté par la crise espagnole, mais aussi par le développement rapide dans ce pays de la grande distribution et des produits commercialisés par les distributeurs sous leur marque grâce à du lait français ou allemand.
« La reprise de lait devient à chaque fois de plus en plus difficile »
« Aujourd'hui, en Espagne, vous trouvez du lait à 38 centimes. Ce n'est pas forcément du bon lait, c'est du liquide. Mais le gars qui est au chômage et qui doit nourrir sa famille, il n'hésite plus aujourd'hui », dit un proche du dossier. La grande distribution, française ou allemande, « en a profité pour rebattre les cartes ». Leche Pascual a persisté à vendre sous sa propre marque le litre entre 0,8 et 1 euro. Il a perdu quasiment 50 % de ses parts de marché en lait de consommation. Il a donc taillé dans ses approvisionnements en Espagne. Il achève à présent son repli complet de France. Les 109 producteurs en sursis livraient directement leur lait au groupe. Mais avant eux, Leche Pascual avait déjà cessé d'acheter son lait au Gie (groupement d'intérêt économique) Sud-Lait, avec des dizaines d'exploitations adhérentes. Le lait collecté par le Gie Sud-Lait a depuis trouvé repreneur.
Jusqu'alors une solution de reprise a toujours été trouvée à de telles situations, souligne Christophe Saysset, à la Chambre d'agriculture de Tarn-et-Garonne, pour qui le secteur est toutefois à « tournant ». Avec des transformateurs ou des distributeurs réticents et jaloux de leurs marges, « la reprise de lait devient à chaque fois de plus en plus difficile », affirme M. Saysset. Les pouvoirs publics ont nommé un médiateur pour aider les 109 producteurs. Ils ont obtenu que Leche Pascual continue à collecter en Midi-Pyrénées même après l'échéance qu'il avait fixée du 7 octobre. Le groupe espagnol doit s'engager à replacer les 109 producteurs avant de cesser la collecte, réclame Thierry Roquefeuil, secrétaire général de la fédération nationale des producteurs de lait, « il est bien trop facile aujourd'hui de dire: débrouillez-vous, moi je repars, et réglez vos problèmes entre Français ».
30 millions de litres de lait à reprendre
Leche Pascual estime de son côté avoir fait ce qu'il pouvait en donnant un an aux producteurs pour se retourner et ne pas pouvoir poursuivre la collecte bien longtemps, selon un proche du dossier. Le groupe considère que c'est aux pouvoirs publics français de convaincre les grands groupes de reprendre quelque 30 millions de litres de lait en souffrance, explique cette même source. Mais ces grands groupes ne se précipitent pas. Il y a de « vieilles rancunes » suscitées par les rivalités entre collecteurs de lait, dit un connaisseur du secteur. Et puis « on est dans un schéma où tout le monde (collecteurs, transformateurs, distributeurs) est en train de se préparer à la fin de la régulation des quotas laitiers européens en 2015 », dit M. Roquefeuil. Les groupes peuvent être tentés d'investir au nord de la Loire, caractérisé par sa productivité laitière et de fortes concentrations de population et d'industrie, analyse-t-il.
Thierry Roquefeuil veut croire que cette logique est contraire à la tendance actuelle: si les consommateurs regardent le prix, ils aspirent de plus en plus à des productions ancrées dans les territoires, selon lui.

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