Le sevrage du veau laitier, une étape délicate

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« Les diarrhées des veaux ne sont pas toujours liées à la qualité du lait mais plutôt à un manque d’eau. Au sevrage, le veau boit 4 litres d’eau par jour. L’accès à l’eau doit être surveillé dès la naissance car plus le veau boit d’eau, plus il boira de lait et meilleur sera son GMQ », rappelle Bruno Dalez, vétérinaire et membre de la commission vaches laitières SNGTV. (©Julien Ermine / L'Eleveur laitier )

Pour l’heure, si aucune des méthodes de sevrage n’est vraiment meilleure qu’une autre, il n’en reste pas moins que réduire les stress pendant cette période est un facteur de réussite.

«Il n’y a pas de recette miracle de sevrage », a résumé ­Olivier Crenn, vétérinaire à la clinique Sud Mayenne et membre de la commission vache laitière de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV), lors de son intervention aux journées nationales des GTV en mai dernier. « Le sevrage est, dans sa définition, la séparation physique entre la mère et son veau », rappelle-t-il en préambule. Dans la réalité, les faits sont différents. Le sevrage est souvent le passage pour le veau d’une alimentation lactée à une alimentation solide. « Pour un bon sevrage, il faut un bon démarrage dans la vie et donc limiter les stress que sont l’écornage, les vaccinations, les mises en case collective, les changements de régimes alimentaires, etc. La règle est : pas plus d’un stress à la fois ! Il faut penser à bien garder de l’eau à disposition tout le temps, bien évaluer la place à l’auge, gérer la douleur pendant l’écornage qui sera à réaliser aussi avant ou après un changement d’alimentation ou de lots et ne pas hésiter à mesurer les coccidies (règles de biosécurité) », liste-t-il. Et d’évoquer un élevage où, pour des raisons de temps et d’organisation, tous les stress se sont cumulés avec un impact direct sur la santé des veaux.

« Les veaux demandent de la surveillance et nous commençons à manquer de papys sur les fermes ! », s’exclame-t-il.Aussi cite-t-il les boucles auriculaires de monitoring sur les veaux avant le sevrage. « Cela amène moins de temps de surveillance et permet de garder un œil sur les buvées, l’ingestion et la rumination. » La durée du sevrage sur dix jours est idéale. « Il n’y a pas besoin de vingt-deux jours non plus ! Le poids vif au sevrage doit être a minima le double de celui de la naissance, soit un poids de 100 kg en race holstein. Il ne faut pas hésiter à prendre un ruban thoracique pour mesurer. Cela permet de savoir rapidement où en est l’animal. C’est simple et facile à utiliser. Le gain moyen quotidien (GMQ) jusqu’à six mois doit être le plus élevé possible quelle que soit la stratégie derrière », précise-t-il. Un sevrage trop abrupt aurait tendance à diminuer les performances laitières et de croissance par la suite.

La génisse au centre des attentions

« L’élevage de la génisse, c’est l’avenir de la production de lait sur la ferme. Ne l’oublions pas. Jusqu’à 150 jours après sa naissance, le GMQ va jouer sur sa capacité de production. Le développement mammaire ne sera pas le même. Au sevrage, le but est que le rumen soit fonctionnel dans sa taille, sa musculature, sa capacité d’absorption et sa population microbienne », explique Olivier Crenn.

Pour un bon sevrage, « la règle est : pas plus d’un stress à la fois ! » relève Olivier Crenn, vétérinaire à la clinique Sud-Mayenne, en citant l’écornage, les vaccinations, les mises en case collective, les changements de régimes alimentaires, etc. (© P. Le Cann)

Pour cela, il faut ajouter des concentrés dans la ration car, avec juste une alimentation lactée, l’épithélium du rumen reste lisse, ce qui n’est pas souhaitable pour l’absorption des nutriments par la suite. La fibre est à limiter en début de vie, ce qui ne sous-entend pas qu’il faut négliger la cellulose. Un rumen développé entraîne la production d’acides gras volatils (acides propioniques, acétiques et butyriques). Pour Thomas Michaux, vétérinaire à Frencq (Pas-de-Calais), « les génisses doivent être particulièrement suivies. Elles doivent s’adapter en plus à la hiérarchie du troupeau, une situation de stress supplémentaire. La ration des vaches taries ne leur correspond pas », martèle-t-il.

Veaux sous-alimentés et en manque d’eau

« Beaucoup d’éleveurs ont des veaux en sous-nutrition avant le sevrage et encore beaucoup ne mettent pas d’eau à disposition. Les veaux n’ont rien dans le ventre entre la ration du matin et du soir. Le délai est trop long entre les deux repas, avec une ingestion trop rapide de l’alimentation et des succions non nutritives », remarque Gilles Rouquet, vétérinaire à la clinique de la Sienne (Manche) et membre de la commission vaches laitières SNGTV. Il observe beaucoup de veaux en acidose chronique avec des symptômes de diarrhées, un poil piqué, des douleurs abdominales, de la météorisation, du bruxisme et surtout des lots hétérogènes en amtière de croissance. « Cela a des conséquences importantes, comme la baisse d’immunité, la présence de douleurs chroniques, une plus grande sensibilité aux parasites, une diminution du GMQ et une plus grande sensibilité aux pathologies de pied », souligne-t-il. L’acidose peut aussi se déclencher en post-sevrage à cause d’un sevrage trop précoce ou brutal et d’un rumen au volume insuffisant (attendre douze semaines au minimum), voire mal préparé. Une alimentation inadaptée avec un manque de fibres dans la ration ou des fibres inefficaces (foin trop jeune) ou encore un déséquilibre azote-énergie favorisent également cette acidose. Rajoutez un peu de stress et le cocktail devient explosif. « Je ne suis pas un convaincu du sevrage brutal », déclare le vétérinaire.

Intégrer des fibres dans la ration

Gilles Rouquet évoque en outre le tri dans l’alimentation par les animaux, qui conduit à une instabilité ruminale. « Il faut rappeler que la composition de la flore dépend de la composition de la ration. Beaucoup d’amidon entraîne le développement de bactéries amylolytiques, ce qui amène une baisse de pH, inférieur à 6. Et beaucoup de cellulose favorise le développement des bactéries cellulolytiques et des protozoaires (pH supérieur à 6 et plus proche de 7). De fait, j’aime particulièrement travailler avec des mashs fibreux. Cela permet de garder la même ration de 0 à 6 mois, tout en jouant sur sa composition en fibres avec le temps », explique-t-il. Le mash doit être donné à volonté. Il va favoriser la croissance tout en respectant la physiologie du rumen. « Il est alors nécessaire de connaître ses stocks et la qualité de ses fourrages », précise Gilles Rouquet. Toutefois, cela oblige l’éleveur à avoir du matériel et de la place de stockage.

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