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Ils font l'agriculture européenneJoe, Irlande : « L'herbe est notre pétrole »

« De l'herbe, des vaches et des exportations : trois mots qui caractérisent l'agriculture irlandaise », peut-on lire en ouverture du témoignage de Joe, éleveur dans le comté de Cork. Voici planté le décor de cette 5e escale de notre voyage à travers l'agriculture européenne, grâce au livre de Christophe Dequidt et Alain Bonjean "Le tour d'Europe des dynamiques agricoles".

« L'herbe est notre pétrole », lance Joe, éleveur de vaches laitières en plein milieu de la lande irlandaise. En Irlande en effet, plus de 90 % de la SAU est herbagère (pâturage : 50 % ; ensilage : 25 % ; parcours extensifs : 10 % ; foin : 5 %) et 90 % des exploitations élèvent des herbivores. L'on comprend facilement pourquoi le pays est surnommé "l'île verte". Il faut dire que le climat humide et la nature des sols sont favorables à l'herbe. Sa gestion est donc primordiale. « Avec mon frère Mickaël, nous faisons le tour des parcelles, deux fois par semaine, pour évaluer la pousse », confirme le producteur.

Une SAU à 90 % herbagère et 90 % d'élevages herbivores

D'autant que les pâtures constituent la base de l'alimentation du troupeau. « Nous essayons d'être le plus autosuffisant possible », fait-il remarquer. Les prairies sont semées pour 20 ans, à 100 % en ray-grass, mais se renouvellent naturellement. Leur fertilisation repose principalement sur l'épandage de lisier au printemps, complété par un apport d'azote après chaque passage d'animaux (ils sont en pâturage tournant sur 14 à 40 jours en fonction de la hauteur d'herbe) et un chaulage tous les quatre ans. Résultat : un rendement autour de 14 t de MS.

« Produire beaucoup de lait pour en vivre »

Les bêtes sortent progressivement dès la fin de l'hiver, pour passer toute la journée dehors de mi-mai mai à mi-novembre, et vont seules à la traite. Les prés plus éloignés du corps de ferme sont ensilés. « Deux coupes/an », précise Joe. Avec un cheptel de 6,7 millions de tête pour 4,9 millions d'habitants, pas étonnant, non plus, que le pays soit parmi les premiers exportateurs européens de viande bovine et de lait. « Pourtant, ce dernier n'apporte qu'une faible valeur ajoutée. Il faut en produire beaucoup pour faire vivre les deux familles et le salarié de la ferme, quand on ne gagne les bonnes années que 9 cts/l », déplore l'agriculteur.

Une plus-value de 20 à 25 % grâce au Baileys.

Les exploitants ont donc diversifié l'élevage familial, dont ils représentent la 5e génération de producteurs. Ils espèrent, ainsi, qu'au moins un de leurs cinq enfants prendra la suite. Mais, en Irlande, l'élevage attire de moins en moins. Désormais, 30 % de la production laitière de l'exploitation sert à la fabrication de Baileys. Une diversification dans laquelle sont engagées 5 000 fermes, pour une plus-value de 20 à 25 % selon les années. En contrepartie, elles doivent respecter un cahier des charges strict en termes de qualité et de traçabilité, avec un audit tous les 18 mois. Ainsi, Joe et Mickaël n'ont « pas besoin de s'agrandir ». Un atout vu la « rareté des terres agricoles et leur prix très élevé, 26 000 € l'hectare en moyenne » dans la région...

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