Retour de bâton pour les éleveurs qui ont voulu valoriser jusqu'au bout des pâtures abondantes pour leurs taries.
ON POUVAIT PENSER QUE CETTE BELLE FIN D'ÉTÉ, BIEN FOURNIE EN HERBE, verrait les vétérinaires assez peu occupés. Ce n'est pas le cas en Haute-Savoie. Depuis trois semaines, les mêmes appels d'éleveurs un peu partout : beaucoup de « torsions de matrice » (torsions utérines), obligeant quelques fois à des césariennes sur des multipares montbéliardes. Plus récemment, des vêlages languissants, des gros veaux sur des génisses un peu grasses, des non-délivrances, et même quelques mammites dans les premiers jours de lactation
Après discussion, rien d'étonnant : les éleveurs ont voulu valoriser jusqu'au dernier moment des pâtures abondantes. Ils ont laissé les taries dehors, les rentrant dans les derniers jours de la gestation… parfois mères et veaux ensemble. Les vaches cumulent alors les deux principaux facteurs de risque d'hypocalcémie : rations « alcalogènes » (Baca très positifs), car riches en potassium (les repousses après sécheresse valent sans doute des premières coupes ?), mais quasiment dépourvues de magnésium, vues les difficultés à minéraliser correctement les vaches au pré. Bien sûr, presque pas de fièvres de lait à cette époque. Les vaches sont en forme, et la calcémie ne s'abaisse pas suffisamment pour que les muscles des pattes perdent tout leur tonus. Mais ce n'est pas le cas des muscles lisses de l'utérus et du tube digestif, rumen et intestin. Cette paralysie de la matrice, couplée à un moindre « soutien » des viscères digestifs, peut entraîner une bascule de la corne de l'utérus qui contient le veau (comme un hamac qui tournerait entre ses deux suspensions), dans les quelques heures précédant le vêlage… Voilà une hypothèse plausible pour ces torsions. Ne reste qu'à les « défaire » et si le col est complètement tordu (plus de trois tours), la césarienne s'impose.
Mais l'hypocalcémie subclinique n'est sans doute pas la seule en cause, même si elle explique la faiblesse des contractions utérines au vêlage, les difficultés à « délivrer » ensuite, et la plus grande sensibilité aux contaminations mammaires, les animaux ayant tendance à passer plus de temps couchés les jours suivants.
PAS SEULEMENT UN DÉFAUT DE RÉGULATION DE LA CALCÉMIE
La distribution d'une quantité suffisante d'un aliment minéral vitaminé (AMV), formulé de façon adéquate, est quasi impossible à la pâture. C'est pourquoi nos vaches n'ont pas eu les apports en magnésium requis. Mais la complémentation en oligo-éléments et autres antioxydants n'a pas été correcte non plus, pouvant expliquer les défauts de désengrènement des cotylédons du placenta et une mauvaise réponse immunitaire aux infections mammaires.
Quelques conseils
• Préparez vos vaches et génisses proches la mise bas (au minimum les dix derniers jours) dans les bâtiments ou à proximité, en ajoutant à une pâture aussi « pauvre » que possible (en tout cas sans légumineuses) un petit complément de concentrés type VL 18 céréales + colza, avec une bonne proportion d'un AMV spécial taries, riche en magnésium et en oligo-éléments.
• Dans les semaines qui suivent, restez vigilant et surveillez la survenue de métrites, car l'intervention au vêlage et la faible immunité sont les deux facteurs principaux des infections utérines.
Je ne suis pas inquiet pour de futures cétoses. Vaches et surtout génisses sont un peu grasses, bien sûr, mais sauf exception (vaches très grasses au tarissement ou parasitisme important), cette graisse n'est pas trop dangereuse pour le foie, car essentiellement sous cutanée et construite patiemment avec de l'acétate, AGV très majoritaire dans les rumens des animaux en pâture.
© CLAUDIUS THIRIET
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