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EnsilageUn silo recouvert de céréales aliplusées pour remplacer la bâche

Vincent Groizleau (à gauche) a testé une nouvelle couverture pour son silo de maïs : les céréales aliplusées. Un mélange conçu par Samuel Michaud (à droite) totalement hermétique et comestible par le troupeau. (©Terre-net Média)
Vincent Groizleau (à gauche) a testé une nouvelle couverture pour son silo de maïs : les céréales aliplusées. Un mélange conçu par Samuel Michaud (à droite) totalement hermétique et comestible par le troupeau. (©Terre-net Média)

À Marans, en Charente-Maritime, le Gaec des Pommiers Bernard a couvert son stock d’ensilage de maïs d’un mélange de céréales et de compléments Aliplus. Finis les pneus et la bâche plastique. Résultat : une conservation impeccable et pas de mauvaises surprises sur les performances des laitières.

Et si c’était le début de la fin des bâches noires et des pneus sur les silos ? Le fondateur de France Aliplus, Samuel Michaud, veut y croire. Cet agriculteur de l’Allier, qui a mis au point la solution nutritionnelle éponyme il y a une dizaine d’années, propose désormais de stocker les céréales "aliplusées" directement sur les silos d’ensilage. Il le testait depuis trois ans sur sa ferme de bovins allaitants. Cette fois, c’est un élevage laitier de Charente-Maritime qui l'a expérimenté.

L’éleveur peut faire son mélange lui-même à condition d’avoir une mélangeuse et un broyeur adaptés. Le broyable doit être le plus fin possible de sorte que le grain soit parfaitement éclaté et l’amidon bien accessible, sinon la fermentation ne peut se faire correctement. La prestation, pour le mélange-broyage s’élève autour de 20 à 25 €/t environ.

« Pas de décrochage de production, pas de changement sur les taux »

« On savait déjà que ces céréales aliplusées se stockaient facilement, en tas à plat sur un sol propre et sec sans bâchage si c’était sous bâtiment. Restait à franchir l’étape suivante, tester le stockage extérieur sans bâchage, et même sur un tas d’ensilage. »

Au Gaec des Pommiers, Vincent Groizeleau et son fils William ont couvert leur silo de maïs ensilage de 50 t de maïs grain aliplusé, en septembre dernier. L’opération se fait en deux temps : les céréales aliplusées sont d’abord stockées pendant deux semaines minimum à plat (pas dans une benne, à cause des risques de condensation), le temps de la maturation. Puis le tas est repris pour être déposé sur le silo d’ensilage. L’opération est simple, cela se fait au au chargeur avec godet, comme un tas de sable. Puis le tracteur tasse le tout comme pour un stock d’ensilage.

Le père était confiant, le fils un peu moins : « Les premières nuits, je n’ai pas dormi, j’étais aux vaches dès 4h du matin ! J’avais peur que ça pourrisse, d’autant qu’on l'a fait sur un gros silo, cela aurait fait une perte importante. »

Il faut 20 cm de céréales aliplusées pour fermer le silo hermétiquement.

Pour que cela fonctionne, il faut que la couche ait une épaisseur d’au moins vingt centimètres. « Ce mélange-là ne se dégrade pas », rassure Samuel Michaud. Et surtout, il est aussi hermétique qu’une bâche plastique. Donc a priori, pas de risque de dégradation de l’ensilage. « On a fait des recherches de mycotoxines sur les fourrages, on n’a rien trouvé », certifie le patron de France Aliplus. Sur le tas d’ensilage, l’humidité et l’oxygène ont donné une couleur sombre à ces céréales "aliplusées". « Ce n’est pas très appétissant, cela ressemble un peu à du fumier, reconnaît Benjamin Rambaud, éleveur des Deux-Sèvres venu découvrir l’essai, mais c’est assez exceptionnel comme comportement. »

D’ailleurs, pour les vaches, cette croûte de céréales "aliplusées" n’a rien perdu de son appétence : tout a été consommé sans distinction. « On est passés au 15 mars dernier d’un silo couvert bâché à un silo couvert Aliplus, raconte Vincent Groizeleau, et les vaches n’ont pas perçu de changement, en résultats zootechniques on n’a eu que du positif. » Pas de décrochage sur la production laitière ni sur les taux, aucun problème sanitaire détecté. Les taux cellulaires, significativement en baisse depuis deux ans, n’ont pas remonté.

Mélange de céréales et d'Aliplus
La croûte formée peut ressembler à du compost mais reste appétente pour les vaches. (©Terre-net Média)

Simplification du travail

Ces résultats, quoique encourageants, sont évidemment à prendre avec précaution : il ne s’agit pas d’expérimentation mais de simples observations. Sur sa ferme de Neuilly-en-Donjon (Allier), Samuel Michaud, a conduit l’essai avec des lots témoins (parties bâchées et non bâchées), mais à petite échelle. Et puis il n’y a pas eu de protocole rigoureux pour observer avec précision les résultats techniques sur les animaux, en comparant avec un lot témoin.

L’objectif de ce type de stockage est multiple. Il s’agit d’abord de simplifier le travail de l’éleveur : « On ne bâche plus, on ne débâche plus, il y a juste à venir avec le godet. » Au Gaec des Pommiers Bernard, cela se traduit par « des éleveurs beaucoup moins fatigués ».

Chez France Aliplus, on brandit l’argument écologique : « Fini le plastique, finis les pneus, place au naturel ! » Potentiellement, cela peut aussi générer quelques économies pour les éleveurs. C’est en tout cas ce que pense Benjamin Rambaud : « Ce système permet de stocker facilement de l’alimentation, cela peut permettre de diminuer les frais de stockage à la coopérative. » Lui et son père utilisent déjà l’additif Aliplus depuis trois ans. Ils comptent tester ce nouveau système dès l’hiver prochain : « On va faire deux tas d’ensilage, on va tester sur la moitié d’un tas d’abord, pour le premier essai ».

Ensilage recouvert de céréales aliplusées
À l'air libre, le mélange de céréales complémenté à l'Aliplus sèche et forme une croûte hermétique. (©Terre-net Média)

Si France Aliplus n’avait jusque-là pas beaucoup incité ses 1 700 éleveurs clients à stocker leurs céréales "aliplusées" sur leurs silos de maïs, c’était « par peur de ne pas être pris au sérieux. On explique ce qui est possible, après c’est à eux de décider, les éleveurs doivent prendre leur temps, aller voir ce qui se fait chez les autres », suggère Samuel Michaud.

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