France, Pays-Bas, Irlande, Danemark, Nouvelle-Zélande, États-Unis : ces grands bassins laitiers partagent à peu près les mêmes enjeux environnementaux en matière d'émissions de gaz à effet de serre (GES), de qualité de l'eau et de l'air, et de biodiversité. En revanche, leurs stratégies pour atteindre les objectifs fixés par la réglementation diffèrent encore beaucoup, ce qui crée quelques contradictions d'un pays à l'autre. Zoom sur la politique de ces pays, à l'occasion du Grand angle lait, avec Élisabeth Castellan, ingénieur de l'Institut de l'élevage impliquée dans de nombreux projets européens sur l'atténuation du changement climatique.
Entre incitations et contraintes
Lorsqu'on se penche sur la réglementation de chaque pays, on constate une première incohérence : certains ont un objectif spécifique sur le secteur agricole et d'autres non. Par exemple, si l'on prend les émissions de GES, la France ou encore la Nouvelle-Zélande ont des objectifs clairs et dédiés à l'agriculture (- 46 % d'émissions de GES en France et programme "net zero" en NZ) tandis qu'à l'inverse, l'Irlande et les USA ont des objectifs non spécifiques de réduction des émissions (donc tous secteurs confondus).
Ensuite, c'est sur les moyens mis en œuvre pour atteindre ces objectifs que les actions ne sont pas toutes cohérentes. Élisabeth Castellan explique : « La plupart des pays sont sur des mesures incitatives et une mise en avant des bonnes pratiques (avec des démarches volontaires comme la ferme laitière bas carbone en France) alors qu'au Danemark, on est plutôt sur de la contrainte avec la taxe carbone et la nouvelle réglementation sur l'azote. »
Du côté de l'azote, l'Irlande et les Pays-Bas sont « dans le rouge » en ce qui concerne le lessivage et là encore deux grosses différences : si les Pays-Bas se voient obligés de réduire d'un tiers leur cheptel par manque de surface d'épandage, l'Irlande réclame « simplement » une prolongation de la dérogation du seuil de pression azotée (à 230 kg Norg/ha contre 250 avant).
Zoom sur la France
Les Pays-Bas, l'Irlande et le Danemark seront dans les années à venir fortement impactés par les enjeux environnementaux et cela pourrait se ressentir sur leur dynamique laitière. La France en revanche ne devrait pas en pâtir (idem pour les États-Unis ou la Nouvelle-Zélande).
« Notre production est plutôt stabilisée autour des 23 millions de litres de lait et nos enjeux environnementaux sont bien identifiés. La diversité des sytèmes et leur répartition géographique assurent une pression moins forte que dans d'autres pays européens. Par ailleurs, les niveaux d'ambition de la France correspondent à une meilleure optimisation technico-économique des exploitations donc c'est bénéfique à tous les niveaux », rassure l'experte.
Qui finance la transition des grands bassins laitiers ?
En Europe, la transition est majoritairement supportée par la Pac via des aides à l'investissement (couverture des fosses, matériel d'épandage, implantation de haies, bâtiment à faible émission...) ou au fonctionnement pour de nouvelles pratiques (MAEC, PSE, gestion des effluents...). Il y a également des labellisations de produits qui peuvent entrer en jeu (on trouve par exemple aux Pays-Bas le "low carbon emission milk"), mais aussi le financement de la recherche et l'accompagnement des producteurs.
Les grands groupes laitiers prennent leur part également, Nestlé, Friesland et Danone ayant les plus gros objectifs de réduction de GES au niveau de la production (respectivement - 50 %, - 33 % et - 30 %). Cela passe par de l'accompagnement des producteurs, du financement individuel et/ou collectif, des investissements dans la recherche, et la mise en place de primes ou de labels.
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