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Journée mondiale du climatLes éleveurs bovins en route pour baisser de 15 à 20 % leurs émissions de GES

Ce 8 décembre est célébrée la Journée mondiale du climat. Un sujet que les filières bovins lait et bovins viande ont pris à bras le corps depuis plusieurs années déjà avec un objectif de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre de 15 à 20 % à horizon 2025. Une ambition tout à fait atteignable selon Étienne Goumand et Josselin Andurant de l’Institut de l’élevage. En agissant sur la conduite de leurs troupeaux, sur l’efficience des intrants et sur le levier prairies, les éleveurs ont toutes les cartes en main pour améliorer à la fois leurs performances environnementales mais aussi technico-économiques.

Les filières bovins viande et bovins lait se sont fixées pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 15 à 20 % à horizon 2025. Ce qui est tout à fait atteignable en optimisant les systèmes ont rappelé Étienne Goumand et Josselin Andurant de l’Idele lors des Journées 3R 2020.

Ils se basent pour cela sur les 9 154 diagnostics Cap’2ER réalisés entre 2013 et 2019 (7 307 en bovins lait entre 2013 et 2019 et 1 847 en bovins viande entre 2016-2018).

Plusieurs enseignements sont à tirer de ces diagnostics :

  • Quand la part d’herbe augmente, le stockage de carbone est plus important, notamment en bovins lait, et permet ainsi de diminuer les émissions nettes de gaz à effet de serre. En revanche, il y a assez peu de variabilité sur les émissions brutes de gaz à effet de serre que ce soit au sein des systèmes bovins lait ou bovins viande étudiés.
Bovins laitÉmissions brutes de GES (kg éq.CO2/l lait)Stockage de carbone (kg éq.CO2/l lait)Émissions nettes de GES (kg éq.CO2/l lait)
Montagne herbager1,030,440,59
Montagne maïs1,010,150,86
Plaine < 10% maïs0,980,330,65
Plaine 10-30 % maïs0,980,150,83
Plaine > 30 % maïs0,970,080,89
Moyenne pondérée0,980,130,84

Bovins viandeÉmissions brutes de GES (kg éq.CO2/kg pbvv)Stockage de carbone (kg éq.CO2/kg pbvv)Émissions nettes de GES  (kg éq.CO2/kg pbvv)
Naisseur19,007,8011,33
Naisseur avec engraissement des femelles18,425,9312,50
Naisseur engraisseur des jeunes bovins16,382,9013,48
Naisseur engraisseur de veaux23,266,5716,74
Naisseur engraisseur de jeunes bovins avec achats13,341,9911,37
Engraisseur spécialisé de JB allaitants 9,170,378,80
Engraisseur spécialisé de JB lait8,750,398,36
Moyenne pondérée17,965,7112,27

  • Les élevages les plus performants techniquement sont aussi ceux qui ont les émissions de gaz à effet de serre les plus faibles. Les 10 élevages les plus performants d’un point de vue environnemental, en bovins lait et bovins viande, sont comparés à l’échantillon total selon plusieurs indicateurs techniques dans les tableaux ci-dessous :
Bovins laitÉchantillon total en bovins laitTop 10 en bovins lait
Émissions brutes de GES (kg éq. CO2/l lait)0,980,79
Production laitière corrigée - l/VL/an7 4808 146
Âge au premier vêlage - mois29,228,2
Azote organique et minéral - kg N/1000 l2518
Quantité de concentré g/l de lait vendu corrigé171157

Bovins viandeÉchantillon total bovins viandeTop 10 bovins viande
Émissions brutes de GES (kg éq. CO2/kg pbvv)18,312,5
Apports azote minéral (kg N/ha)2817
Consommation carburants (MJ/kg pbvv)10,76,9
Consommation de concentrés (kg/UGB)561486
kg pbvv/UGB290398
IVV (jours)383379

  • Les élevages performants en termes d’émissions de gaz à effet de serre n’ont pas d’impacts négatifs sur d’autres indicateurs environnementaux comme la biodiversité ou le stockage de carbone. Les exploitations du Top 10 ont par exemple un excédent du bilan de l’azote légèrement réduit lié à une utilisation d’azote minéral plus faible. 

Tableau autres indicateurs environnementaux
Les autres indicateurs environnementaux étudiés et les performances des systèmes bovins lait et viande. (©Idele)

Les diagnostics réalisés ont également montré qu’au sein de chaque système, la variabilité était importante. Des marges de progrès sont donc encore possibles. C’est en s’améliorant techniquement que les performances environnementales seront, elles aussi, accrues.

Trois grands leviers d’action

Josselin Andurant a insisté sur trois grands leviers d’amélioration : l’efficience du troupeau, l’efficience des intrants et les prairies.

Au niveau de la conduite du troupeau laitier, réduire le nombre d’animaux improductifs en abaissant l’âge au premier vêlage ou en réduisant le taux de renouvellement permet de diminuer de - 3 à - 16 % les émissions brutes de GES. En système bovins viande, diminuer de 15 jours l’intervalle vêlage-vêlage (ex : en système charolais : passer de 390 à 375 jours) permet une baisse potentielle de 2 à 3 % des émissions brutes de GES.

Côté intrants, ajuster la quantité de concentrés des vaches laitières à leurs besoins offre un potentiel de réduction des émissions brutes de GES de - 1 à - 7 %, sans impact sur la production laitière. De même, en bovins viande, réduire les apports d’azote minéral de - 20 unités/ha ou - 40 unités par ha permet une baisse de - 3 %  à - 6 % des émissions brutes de GES. 

Enfin, dernier levier qui a un effet positif sur tous les indicateurs environnement observés :  les prairies permanentes. Stockage du carbone, plus de biodiversité et un excédent du bilan azoté plus faible : elles cochent toutes les cases gagnantes.

Optimiser les systèmes de production est donc la clé de réussite pour baisser les émissions de GES en élevage bovin. « On a besoin de faire pénétrer les conseils technico-économiques et carbone dans les élevages pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais cela passe aussi par de l’incitation aux changements de pratiques notamment d’un point de vue financier (avec les crédits carbone) et une meilleure valorisation des produits », conclut Josselin Andurand.

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