C'est ce petit mécanisme à ressort qui empêche le retour en arrière.
Connaissez-vous l'effet cliquet, monnaie courante dans la vente des produits agroalimentaires. À chaque fois qu'une matière première augmente, on en profite pour faire valser les étiquettes en linéaire et vendre plus cher le produit fini. Quand la matière première baisse, le prix au consommateur, lui, ne redescend pas. Pourtant, sur ma clef Facom, le cliquet lui, est réversible. Mais là, que nenni.
Prenez le blé. D'abord, on fait l'amalgame entre le prix du blé dur pour faire les pâtes, du blé panifiable et du blé fourrager. Dans les années quatre- vingt-dix, le blé se vendait sensiblement plus cher que cette année. La baguette de pain coûtait 0,46 € contre 0,90 €. Quand on sait que la farine entrait pour 50 % dans le prix du pain dans les années soixante et qu'elle ne représente plus que 6 % aujourd'hui, cherchez l'erreur. On voudrait nous faire porter le chapeau en nous traitant d'affameurs. D'après une étude de la Société Générale, le prix du blé a baissé en moyenne de 0,6 % par an depuis… 1657. Je serais curieux de savoir à combien s'élevait le Smic en ces temps reculés.
De grands experts viennent de sortir un rapport expliquant que les spéculateurs n'y sont pour rien, mais que la conjoncture de la Russie, de l'Australie et de la Chine provoque la flambée. À l'inverse, un courtier explique : « Que le récent contexte politique (Japon, Libye) inquiète les investisseurs qui se retirent massivement des matières premières et se positionnent sur le pétrole, entraînant une forte baisse des céréales. » Il ne s'agit pourtant pas d'avoir fait HEC pour comprendre que si des traders gagnent de l'argent en spéculant sans même avoir vu un grain de blé, il y a automatiquement quelqu'un qui perd, que ce soit le producteur ou le consommateur. Il se pourrait que l'arroseur se retrouve arrosé car les banques s'inquiètent du revenu des ménages. En effet, une famille moyenne consacre 450 € par mois pour acheter son alimentation. Si elle devait consacrer 50 ou 100 € de plus avec l'envolée des prix, c'est autant d'argent en moins pour rembourser les crédits à la consommation, les emprunts à long terme et relancer la croissance.
Alors arrive le roi du cliquet, le défenseur du pouvoir d'achat, le protecteur de la veuve et de l'orphelin, voire le sauveur de la nation. J'ai nommé Michel-Édouard Leclerc. À longueur d'émission, ce pro de la communication nous explique qu'il défend le petit producteur et le monde paysan en combattant les marges abusives de la transformation. Mais qu'en est-il de la réalité ? Tout est dit dans ce graphique des statistiques de l'Insee ? De 2003 à 2007, le prix de vente aux consommateurs des produits laitiers (courbe bleue) se stabilisait alors que le prix payé aux producteurs baissait (courbe verte). L'envolée des matières premières de 2008 a fait bondir les trois courbes. La chute de 2009 du prix producteur et du prix sortie usine (courbe rouge) n'a pas entraîné à la baisse le prix vendu en grande surface : le fameux effet cliquet.
Sur cela, pas un mot des centrales d'achats de la grande distribution. Elles engrangent en silence... à l'exception de Michel-Édouard. Pas honteux et habitué à nier l'évidence, il la ramène en plus sur l'air de : « Je suis pour la défense du petit producteur et je serais prêt à payer un peu plus, mais c'est la transformation qui en profite. ».
À tous ceux qui doutaient de l'existence de ma grand-mère, sachez qu'elle vient de mourir à 97 ans, preuve qu'elle était bien vivante. Après avoir passé cinquante ans au cul des vaches, elle a profité longtemps de sa maigre retraite de paysanne. Elle vous adresse cette pensée post mortem : « Contrairement à toute logique, il est plus facile de faire son beurre avec du blé que de se faire du blé en vendant son lait. »
PASCAL POMMEREUL
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