Et si l'incompréhension avec le consommateur remontait à la nuit des temps ?
Il y a quelques millions d'années, en Afrique, certains singes ne sont plus vraiment des singes et évoluent vers Homo erectus qui serait le premier humain à conquérir la terre. À cette époque, l'homme est un chasseur-cueilleur, qui prélève dans son environnement ce que la nature lui fournit. Ce nomade se déplace au gré des saisons et revient à son point de départ, c'est le parcours annuel. Il découvre de nouveaux horizons, c'est la migration générationnelle, qui va permettre de coloniser la planète. On estime que toute la Terre est occupée par les hommes depuis environ 200 000 ans.
Ces hommes qui ne sont attachés à aucun lieu ont un sentiment de liberté. Vers - 10 000 ans, l'agriculture apparaît dans une zone appelée croissant fertile, qui se situe du sud-est de la Turquie à l'Égypte, mais aussi en Chine et en Amérique. Les nomades apprennent à semer et récolter des graines, et inventent l'agriculture. Ils se sédentarisent. Semer, sarcler, désherber, récolter... l'homme découvre une chose horrible : le travail. Pour protéger ses cultures des dégâts des animaux sauvages, il dresse des clôtures et invente le droit de propriété. Pouvoir stocker des vivres permet une augmentation de la population, la construction de villes, le développement d'activités marchandes, artisanales, politiques et guerrières, car il faut protéger ses réserves. Partout sur le globe, à chaque fois qu'un sédentaire s'installe et délimite une propriété, il entre en conflit avec des nomades. Aujourd'hui encore, au Mali et ailleurs, des conflits entre les agriculteurs maliens et les bergers peuls se règlent à la kalachnikov. À la fin, c'est l'agriculteur qui gagne parce qu'il nourrit plus de personnes.
Si dans les temps anciens, 90 % des hommes vivaient de l'agriculture, progressivement, le ratio s'est inversé dans notre monde moderne. Les ethnologues estiment que les populations nomades consacrent deux à trois heures par jour à trouver leur nourriture dans un environnement favorable. Le reste est consacré à d'autres tâches, à la vie sociale et au sommeil. Aujourd'hui, le consommateur est redevenu un chasseur-cueilleur : chasseur de prix bas et cueilleur de nourriture. En effet, il suffit de deux heures par semaine pour faire les provisions pour la famille. Si l'on considère qu'un salarié consacre 15 % de son budget pour se nourrir, on peut penser qu'il investit 15 % de son temps de travail pour sa nourriture. Le reste est consacré à se vêtir, se loger, l'éducation, les loisirs, le sommeil : retour au point de départ !
Et si l'incompréhension entre agriculteurs et consommateurs remontait à la nuit des temps ? D'un côté, un agriculteur qui consacre son temps et son énergie à produire de la nourriture. De l'autre, un chasseur-cueilleur qui achète toujours moins cher, butine dans des rayons hyper bien achalandés et critique la qualité. D'un côté, un agriculteur sédentaire attaché à sa terre. De l'autre, un consommateur nomade qui migre au mois d'août, part à l'étranger, profite de la campagne pour ses loisirs et donne un avis partial. D'un côté, des agriculteurs encadrés par des normes et des réglementations draconiennes. De l'autre, une impression de joyeux foutoir d'où des petits malins tirent les marrons du feu. D'un côté, une agriculture qui a été pendant des millénaires le fondement de nos civilisations modernes. De l'autre, une évolution très rapide vers une société de services, de biens dématérialisés et internet qui donne une illusion de liberté. D'un côté, des devoirs. De l'autre, des droits.
PASCAL POMMEREUL
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