Si j'entends, ce n'est pas le cas de tout le monde en général
J'entends quelques lecteurs attentifs, malicieux, voire ergoteurs, dire : « Oui, dans sa chronique, il en a toujours après les mêmes. Les thèmes reviennent en boucle ! » Ce à quoi je répondrais que les journaux politiques rabâchent que Marine Le Pen n'est pas comme son père, que le gouvernement socialiste est incompétent, que Copé et Fillon se tiennent par la barbichette mais qu'au final, Sarkozy les coiffera au poteau. Dans les canards financiers, on ne parle que de croissance négative. Dans les torchons people, on cherche qui couche avec qui. Dans les revues osées n'apparaissent que des jeunes filles légèrement vêtues. Alors dans L'Éleveur laitier, on parle du lait et de ce qui tourne autour. Et puis je répondrais à ces lecteurs qu'ils sont bien gentils, mais que si ça ne les gêne pas, c'est moi qui écris cette chronique et que s'ils ont besoin de s'exprimer, ils n'ont qu'à écrire la leur.
Mais dans un souci d'apaisement et afin de satisfaire le lecteur qui, somme toute, a payé son abonnement, je suis prêt à élargir le champ de mes investigations. Je propose donc dans mes prochaines chroniques de parler de l'influence de la peinture flamande du XVe siècle sur la représentation des tableaux de marine. Ensuite, je détaillerai les moeurs sexuelles du criquet sauteur en Ouzbékistan oriental. Puis, je traiterai de l'effet de l'alignement des planètes sur l'évolution du follicule chez la vache laitière. On pourra calculer la probabilité de cause à effet entre la découverte du boson de Higgs et la révolte des bonnets rouges en Bretagne. Enfin, je détaillerai l'influence du radon dans les zones granitiques sur le cancer de la prostate. Après cela, le lecteur ne pourra que louer l'éclectisme et l'érudition d'une revue qui ose s'ouvrir sur des sujets certes ardus, mais ô combien passionnants et didactiques. Soyez certains que c'est avec joie que vous retrouverez des thèmes plus terre à terre comme le prix du lait, l'influence des laiteries ou l'hégémonie des centrales d'achat.
Si « j'entends », ce n'est pas le cas de tout le monde en général, et du gouvernement précédent en particulier (pour le nouveau, nous verrons). Car comment qualifier cette politique qui a consisté à lancer des bombes pour ensuite envoyer une équipe de démineurs censés les désamorcer ? Ça s'appelle du rétropédalage à la sauce hollandaise (leurs vélos sont dépourvus de poignées de freins et il faut pédaler en arrière pour actionner un frein situé dans le moyeu de roue). J'entends aussi le consommateur et quelques « penseurs bien pensants » dire que la crise dans l'agroalimentaire breton était prévisible et sonne la fin d'un modèle agricole. Pendant que nous perdons notre élevage français tout doucement, de manière insidieuse, nous importons 40 % du poulet prêt à cuire et même 60 % du poulet qui entre dans les différentes préparations culinaires. Tous ceux qui accusent la qualité du poulet breton savent-ils que les poulets importés de Hollande, Belgique et Allemagne sont produits exactement de la même manière, mais dans des élevages bien plus grands, tués et découpés dans des abattoirs servis par des ouvriers des pays de l'Est payés 3 € de l'heure ? Et je ne vous parle pas du poulet thaï ou brésilien, dont la traçabilité est une notion très... aléatoire. Pour le porc, c'est pareil. Un jour, le lait... Mais notre belle France sera un grand pays céréalier.
Ma grand-mère disait : « Les Français ont des avis sur tout et surtout des avis », mais il faut lier les paroles aux actes. « J'entends » le consommateur poussant son chariot dire qu'il est prêt à payer la qualité française. « Je vois » ce même consommateur ressortir avec son caddy rempli de denrées alimentaires à petits prix et dont il ignore la provenance !
PASCAL POMMEREUL
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