Messieurs les technocrates, vos élucubrations auront raison de ma passion.
Le lait, je suis tombé dedans tout petit. À 12 ans, je trayais seul le troupeau familial. À 17 ans, je suis devenu aide familial puis en Gaec trois ans plus tard. J'avais la charge du troupeau et à l'époque, le rêve, c'était 10 000 kg/VL et des vaches primées au comice cantonal. J'y ai cru, avec des moments de joie mais aussi de désespoir quand les résultats escomptés se faisaient attendre. Alors petit à petit, mes objectifs ont changé.
D'une stratégie très intensive qui demandait beaucoup d'investissements humains et financiers, j'ai évolué progressivement vers un système plus souple, moins contraignant. J'ai gagné en sérénité, en temps de travail et le revenu a suivi. Plus d'herbe, moins de phytos, suppression du labour, la ration complète, moins de lait par vache, le croisement pour plus de rusticité… J'ai souvent expérimenté avant que ça ne devienne « à la mode ». La mise aux normes en 1996 a été l'occasion de parier sur le fumier plutôt que le lisier pour des aspects environnementaux, agronomiques et d'acceptation sociétale. J'ai donc couvert les fumières pour éviter le lisier. Les vaches couchent au champ plus de huit mois de l'année. Les cultures pièges à nitrates sont implantées systématiquement depuis longtemps… Et là, j'apprends que vous avez le projet, dans le cadre de la directive nitrate, de porter les capacités de stockage des lisiers et fumiers à huit mois. Alors là, les bras m'en tombent… ! Dans vos délires réglementaires qui n'en finissent pas, vous allez encore nous pondre une énième norme qui va nous obliger à investir et ainsi plomber notre compétitivité bien mise à mal par nos voisins européens. J'espère que dans votre grande mansuétude, vous allez aussi obliger les laiteries à nous payer le lait plus cher.
Depuis bien longtemps, vous n'êtes plus à une incohérence près. Il fallait faire plus d'herbe et on a perdu des primes Pac dans le cadre du découplage. Aujourd'hui, les systèmes pâturants vont être pénalisés par le rejet d'azote par vache qui passe de 85 unités à 116, voire 126 unités pendant que les Hollandais vont conserver la dérogation à 250 unités. Dans les bassins versants en contentieux où vous prônez l'herbe, les vaches resteront en stabulation pour maîtriser les rejets. Déjà, avec la multiplication des robots et l'agrandissement des troupeaux, le pâturage est de plus en plus compliqué. Le prix de la protéine s'envole. La mode est à la valorisation des couverts végétaux. Alors certains achètent une faucheuse auto-chargeuse pour valoriser les surfaces éloignées. À 40 000 € le bout de ferraille, plus un 100 ch devant, et une heure de travail par jour, merci du cadeau !
Anticiper, évoluer, respecter la réglementation, travailler en « bon père de famille », je sais faire. C'est même ce qui fait la richesse de notre métier. Mais il arrive un moment ou trop, c'est trop ! Vous voudriez décourager les derniers laitiers que vous ne vous y prendriez pas autrement. Au moment où beaucoup arrêtent pour faire des cultures, l'accumulation de vos « conneries » fera que la France deviendra peut-être un jour déficitaire en lait. On se sera aperçu bien avant que l'élevage, en général, et le lait, en particulier, contribuent grandement au maintien des paysages et du tissu rural. Qu'un laitier génère bien plus d'emplois qu'un céréalier. Qu'on a souvent vu un éleveur devenir cultivateur, rarement le contraire. Mais ça, Messieurs les technocrates qui êtes si prompts à pondre des inepties, vous êtes trop imbus de vos certitudes pour le reconnaître. Feu ma grand-mère disait : « Tous les agriculteurs ne sont pas ingénieurs mais ils sont ingénieux. » Ce n'est pas le cas des technocrates.
PASCAL POMMEREUL
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