Les responsables de l'OP Guilloteau (37 Ml, 110 producteurs) et de la coopérative Vallée de l'Ange (2,6 Ml) se sont vu couper l'herbe sous le pied par Eurial, la branche lait d'Agrial (2,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 24 sites industriels en France et à l'étranger). L'offre de rachat qu'ils avaient faite à Jean-Claude Guilloteau, fondateur et PDG de la fromagerie, n'a finalement pas été retenue. C'est la coopérative multiactivité(1) de l'Ouest, grâce à son offre d'environ 60 millions d'euros, qui s'installera le 30 juin aux commandes de la PME innovante et dynamique. L'espagnol Leche Pascual, deux fonds de pension, Triballat et Lactalis (juste au premier tour) auraient aussi déposé des offres. Connu pour avoir mis au point la technique de l'ultrafiltration du lait et développé une marque à forte valeur ajoutée, le Pavé d'Affinois, Guilloteau possède trois sites de production (deux à Pélussin dans la Loire, un à Belley dans l'Ain). En 2015, avec ses 260 salariés, elle a réalisé un chiffre d'affaires de 65 millions d'euros, dont 35 % à l'export.
La crainte de voir les bases de l'accord annuel sur le prix remises en cause
Avec la vente de la fromagerie à Eurial-Agrial, les producteurs locaux, fournisseurs quasi exclusifs, voient s'éloigner le centre de décision de la PME à laquelle ils livraient leur lait. Ils s'interrogent sur la pérennité de la plus-value que l'entreprise leur apportait. Alors qu'Eurial se classe en bas du tableau national pour le prix payé à ses éleveurs, qu'adviendra-t-il à partir de 2017 de l'accord annuel sur le prix du lait ? Calculé sur la moyenne des laiteries sud-est Lactalis, Sodiaal et Danone, le prix de base Guilloteau comprenait, outre une saisonnalité, un système d'amortisseur quand le prix tombait en dessous de 350 €/1 000 litres (soit + 20 €/1 000 l en 2015). « Les nouveaux dirigeants appliqueront-ils la politique normande ? s'interroge Jean-Louis Vuaillat, le président de l'OP Guilloteau. Si oui, ce serait la mort des exploitations de nos régions montagneuses. »
Le risque de délocalisation des fabrications constitue un autre motif d'inquiétude. Ni AOP ni IGP, le Pavé d'Affinois peut être produit partout. Pour l'instant, les outils de production de Guilloteau sont en très bon état et sont loin d'être saturés. Mais que se passera-t-il quand il faudra de nouveau investir ?
« La crainte d'être noyés dans la masse est réelle, reconnaît Michel Pivard, président de la coopérative Vallée de l'Ange (Ain). Nous serons très attentifs aux discussions avec les nouveaux propriétaires pour faire valoir nos intérêts. Être maîtres de notre destinée n'aurait pas été simple, mais cela aurait été plus motivant. » L'idéal pour les producteurs aurait été de reprendre la fromagerie avec un transformateur. Mais compte tenu du prix de la cession de l'entreprise, des partenaires pressentis se sont retirés. Certains observateurs réagissent plus vivement. Qu'une coopérative renchérisse sur une offre de producteurs est écoeurant, selon un éleveur. Un autre déplore que le Crédit agricole, actionnaire minoritaire dans la fromagerie Guilloteau, via sa filiale Idia (avec 15 % des parts), ait pesé en faveur d'Agrial.
ANNE BRÉHIER
(1) Transformation et commercialisation de lait, légumes, fruits à cidre, viandes ainsi que distribution de produits et de matériels agricoles.
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