Le maïs-ensilage évolue au long des mois dans le silo. Avec le temps, l'amidon qu'il contient se dégrade plus facilement dans le rumen.
LE DÉCLENCHEMENT D'UNE ACIDOSE RÉSULTE D'UNE COMBINAISON COMPLEXE DE PHÉNOMÈNES.
Les éleveurs savent depuis bon nombre d'années que la longueur des brins du maïs-ensilage contribue à en éloigner le risque. En dessous de 12 à 18 mm, selon le mode de distribution du fourrage, elle ne stimule pas assez la rumination et la salivation, indispensables au maintien du pH du rumen vers 6 ou 6,2. La digestion de l'amidon dans le rumen est l'autre élément déterminant. « Il faut s'assurer que l'amidon dégradé dans le rumen ne dépasse pas 20 % de la matière sèche totale ingérée, avance Yann Martinot, d'Orne Conseil Élevage. Au-delà, les risques d'acidose sont importants à cause de l'excès d'énergie fermentescible ruminale. » Or, le maïs-ensilage est la principale source d'amidon de la ration. « Des travaux de recherche menés dans différents pays indiquent que la dégradabilité ruminale de son amidon augmente au fur et à mesure du temps passé dans le silo. Elle peut atteindre 95 % au bout de six à sept mois contre 60 à 80 % après la récolte, selon le taux de matière sèche du fourrage. À teneur en amidon identique, cela signifie que la part d'amidon ruminal augmente. En fin d'hiver-début de printemps, elle peut dépasser la barre déconseillée des 20 % (voir ci-contre). »
Comment expliquer une telle évolution ? Pour la comprendre, il faut se rappeler que le grain de maïs stocke l'énergie sous forme d'amidon, mais aussi l'azote sous forme de prolamine-zein, une protéine de réserve. « Cette prolamine constitue une matrice protectrice autour des globules d'amidon. Les bactéries du rumen sont peu équipées pour la détruire, ce qui rend l'amidon moins dégradable dans la panse. » Seulement, au fil des mois de fermentation dans le silo, cette trame protéique est petit à petit dégradée. Moins protégé, la dégradabilité de l'amidon s'accroît. La fraction d'amidon ruminal augmente au détriment de l'amidon by-pass absorbé dans l'intestin grêle. Si elle dépasse les 20 %, il faut revoir la ration. Mieux vaut donc s'en assurer tous les mois ou tous les deux mois par l'analyse du fourrage.
En mars ou avril, si les vaches ne sont pas encore à l'herbe ou conduites en zéro pâturage, cela signifie qu'il faut diminuer la distribution de maïs-ensilage de 3 à 4 kg de MS. Cette réduction devra s'accompagner d'une augmentation de la part d'ensilage d'herbe (ou de foin ou de foin de luzerne) en veillant à maintenir les apports énergétiques et azotés de la ration. Cela passe par le remplacement du concentré énergétique à base d'amidon par un « non-amidon » ou à faible teneur en amidon.
TRAVAILLER AVEC DES MAÏS À 35 % DE MS
Les correcteurs composés de céréales à paille se dégradent en effet à 95 % dans la panse. Apporter des drèches ou du son de blé, du corn gluten feed ou de la luzerne contribue donc à réduire la pression acidogène. Il est possible également de remplacer le mélange céréalier par du maïs-grain concassé. Ce dernier contient un peu plus d'amidon mais qui se dégrade moins bien et moins vite dans le rumen. Cette précaution s'applique également aux vaches au pâturage si elles ingèrent moins de 4 à 5 kg de MS par jour d'herbe. Pour l'évaluer, il suffit de soustraire la quantité de maïs-ensilage apportée à celle distribuée en hiver. « Plus globalement, pour limiter le risque d'acidose provoqué par l'amidon, il est conseillé d'alimenter les laitières avec des maïs-ensilage à 35 % de MS. La trame protéique qui entoure les globules d'amidon est plus achevée qu'à 32 % de MS. La teneur en amidon est certes plus élevée, mais il est davantage valorisé en amidon by-pass. » Cela suppose un éclatement des grains par un réglage approprié de l'ensileuse à la récolte. Ils seront plus facilement digérés.
CLAIRE HUE
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