QUESTION D'ÉLEVEUR
Je pense à des bandelettes de mesure du pH urinaire pour évaluer l'acidose dans mon troupeau. On m'a dit que l'interprétation était assez facile mais que je ne diagnostiquerais pas l'acidose du rumen et que cette mesure n'était intéressante qu'en préparation au vêlage. Votre avis ?
LA RÉPONSE DE L'EXPERT : YVES DEBEAUVAIS, VÉTÉRINAIRE EN HAUTE-SAVOIE
« Mesurer le pH urinaire permet de savoir si les reins excrètent bien des bases (du K) en léger excès (pH de 8, alcalin), ou s'il doit “se forcer” à éliminer des acides (pH < 7,4, marge de sécurité nulle). »
Il faut distinguer clairement deux « acidoses ».
• LA SUB-ACIDOSE DU RUMEN, que je définirais par « tous les inconvénients pour les ruminants d'une baisse trop brutale ou de trop longue durée du pH ruminal ». Gardons en mémoire que la particularité des ruminants est de confier à la microflore du rumen la dégradation d'aliments indigestes (cellulose), pour ensuite digérer les corps microbiens formés (PDIM), d'un grand intérêt pour son métabolisme protéique. Dans le rumen, lors de la croissance microbienne, sont produits en quantité des acides gras volatils, utilisés par l'animal pour son métabolisme énergétique. Ces AGV vont faire baisser plus ou moins le pH ruminal, selon l'ingestion et l'équilibre des rations, la nature, la quantité et la présentation des aliments. Cette acidification « utile » est normalement neutralisée par le flux de salive dont la quantité dépend de la fibrosité de la ration ingérée et du confort global de l'élevage (pour de longues périodes de rumination). Comme il est difficile de mesurer les variations du pH du jus de rumen, mieux vaut rechercher et observer les principaux signes induits par cette sub-acidose sur les troupeaux : hétérogénéité de l'appétit (remplissages ruminaux), de la digestion (bouses), baisses de TB et inversions de taux, symptômes.
• LA SUB-ACIDOSE MÉTABOLIQUE. Pour permettre aux différents métabolismes cellulaires d'avoir lieu dans les meilleures conditions, le pH du sang est maintenu constant (7,4 +/– 0,1), par un « excès de base (alcalin) », qui neutralise au fur et à mesure l'acidité produite par les métabolismes.
Les principales bases sont le sodium (Na) pour le sang et le potassium (K) pour les cellules. L'alimentation des ruminants étant très pauvre en sodium, ils savent l'épargner et leurs besoins sont modérés mais vitaux (sel, chlorure de sodium, bicarbonate). En revanche, le potassium doit être apporté de façon importante et régulière (l'herbe en contient naturellement plus de 20 g/kg de MS). Mesurer le pH urinaire permet de savoir si les reins excrètent bien des bases (du K) en léger excès (pH urinaire # 8 « alcalin »), ou s'il doit « se forcer » à éliminer des acides (pH urinaire < 7,4 marge de sécurité nulle).
Pour les vaches laitières en production, il est intéressant de vérifier que l'apport alimentaire est légèrement excédentaire en bases (Baca positif, et donc pH urinaire proche de 8), excepté lors des derniers jours avant le vêlage, période pendant laquelle l'alcalose métabolique (excès de potassium ou distribution de la ration contenant du bicarbonate de Na) est l'un des trois principaux freins à la mobilisation du calcium au vêlage. La mesure du pH urinaire permet alors de s'assurer d'une légère tendance à l'acidose métabolique (pH urinaire < 7,4, Baca faible ou nul, voire faiblement négatif), élément essentiel de la prévention des hypocalcémies cliniques (fièvre de lait) ou sub-cliniques.
Autre situation, individuelle cette fois-ci, où le pH urinaire n'est pas corrélé au Baca : dans les cétoses cliniques, on retrouve des corps cétoniques (acide oxaloacétique en particulier) dans le lait comme dans l'urine, et il est alors habituel de trouver des valeurs de pH urinaire basses (6,5).
Voici la « bonne couleur » pour des vaches en production, signant un pH urinaire proche de 8 et un Baca positif, mais un danger imminent si ces vaches doivent vêler sous peu.
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