Sur une ration équilibrée, il ne faut pas attendre plus de lait si l'on augmente le concentré de production. Le correcteur azoté est un levier plus intéressant.
UN CERTAIN NOMBRE DE LAITERIES PROPOSE UNE RALLONGE de quotas de 10 à 15 %. Comment y répondre sans bouleverser la conduite de son troupeau et toucher à la maîtrise des charges ? La solution à laquelle on pense d'emblée est une augmentation de la quantité de concentré de production ou de correcteur azoté. « Ça se discute », estiment les réseaux d'élevages lait Normandie. « Dans une ration équilibrée, la réponse à un surcroît de concentré est, la plupart du temps, inférieure à ce que les éleveurs attendent », observe Cédric Garnier, des réseaux d'élevages de l'Eure. C'est flagrant avec les concentrés de production. La faute à l'adage : « 1 kg de concentrés donne 2,5 l de lait. » « Généralement, pour 1 kg en plus, la réponse laitière n'excède pas 0,4 kg/vache/jour. Dans un certain nombre de cas, elle est nulle. Elle peut même devenir négative si la vache est mise en acidose par une quantité totale de concentrés trop importante et non fractionnée. »
LE RATIO « CONCENTRÉS PAR KILO DE LAIT » EST UN BON INDICATEUR
L'efficacité du concentré de production en plus dépend de la quantité totale de concentrés déjà distribuée. Cette dernière, ramenée au kilo de lait produit, est l'indicateur sur lequel on peut s'appuyer avant de décider d'en apporter davantage. « Au-delà de 200 g/kg de lait, 1 kg de plus par vache ne sert à rien dans une ration équilibrée. Il se substitue aux fourrages, ce qui se traduit par une baisse d'ingestion de 0,8 kg de MS par vache (voir ci-contre). » Cette situation se rencontre logiquement dans les rations fourragères à dominante maïs ensilage. Ainsi, en 2011, les élevages spécialisés en lait des réseaux normands, avec plus de 30 % de maïs dans leur SFP, affichaient en moyenne 207 g/l. Sous l'effet du prix des intrants, ils sont tombés à 189 g en 2012. De même, les polyculteurs-éleveurs normands, avec 41 % de maïs, enregistrent 259 g/l en 2012. Ce sont bien sûr des résultats moyens sur une année. L'idéal est de reprendre les quantités distribuées et le lait livré des quinze ou trente derniers jours pour avoir une information récente.
AVOIR UNE RATION ÉQUILIBRÉE
Cette analyse peut se heurter à l'expérience personnelle des éleveurs qui voient leur production s'accroître avec un peu plus de concentrés de production. « Cela signifie que la ration de base n'est pas équilibrée ou que les quantités de ration distribuées ne sont pas suffisantes », affirme Philippe Brunschwig, de l'Institut de l'élevage. Dans le premier cas, il peut y avoir un déficit en énergie ou en azote. « Le début d'hiver est une période délicate, note Cédric Garnier. La ration est calée sur le nouvel ensilage de maïs et un objectif de production. Quinze jours à un mois plus tard, il est recommandé de la confronter au lait réalisé et d'ajuster si c'est nécessaire. » Dans le second cas, cela peut provenir par exemple de l'arrivée de vaches fraîchement vêlées dans le troupeau, avec une réévaluation insuffisante des quantités de fourrages à apporter. « Si 1 à 2 kg de concentrés de production en plus ont un effet, c'est qu'ils compensent un manque fourrager. Vérifier qu'il reste des refus consommables avant la nouvelle distribution est une bonne façon de l'évaluer », conseille Philippe Brunschwig.
LE CORRECTEUR AZOTÉ PLUS EFFICACE
Augmenter la production laitière par un surcroît de concentrés sera plus approprié via le correcteur azoté. On joue là sur le rapport azote/énergie de la ration. « L'azote apporté en plus oblige l'animal à mieux valoriser l'énergie disponible dans la ration, voire à puiser dans ses réserves corporelles si cette ration devient excédentaire en azote », explique Philippe Brunschwig. Les tables Inra 2007 indiquent qu'1 kg de tourteau de soja ou 1,5 kg de tourteau de colza accroît le rapport PDIE/UFL de 10 g/l. Avec ces tourteaux, le passage de 90 à 100 g de PDIE/UFL augmente le lait de 1,7 kg/vache/jour et le TP de 0,6 g/kg, soutenu par une ingestion un peu plus importante (0,7 kg de MS/VL/j). Pour un passage de 100 à 110 g, le lait progresse de 0,9 kg et le TP de 0,2 g/kg (ingestion : + 0,2 kg de MS). Ce ratio de 110 g est d'ailleurs retenu pour favoriser le pic des vaches en début de lactation. L'intérêt du correcteur azoté dépend donc de son prix, de la réponse laitière obtenue et du prix du lait. Ainsi avec une réponse moyenne du troupeau de + 1,5 l/vache, c'est envisageable si l'on se réfère au troisième tableau ci-contre. Pour un prix du tourteau de soja à 400 €/t, il indique un prix du lait minimum à atteindre de 267 €/1 000 l. On est aujourd'hui largement au-dessus. Le ratio PDIE/UFL initial de la ration conditionne le lancement de cette stratégie (voir aussi n° 214, p. 84).
CLAIRE HUE
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