Pour les fourrages difficiles à ensiler, les Allemands ont trouvé un cocktail d'acide formique tamponné et de bactéries lactiques aussi original que performant.
ON CONNAÎT DEPUIS LONGTEMPS L'INTÉRÊT d'utiliser un conservateur à base d'acide formique pour des fourrages difficiles à ensiler. Les limites aussi, qu'elles soient techniques (manipulation peu aisée, risque de brûlure de la peau, corrosion pour les métaux) qu'économique (coût élevé). En Allemagne où l'ensilage d'herbe est roi et reste la base de nombreuses rations pour vaches laitières, l'acide formique rivalise avec un autre conservateur chimique à base d'un sel d'acide (nitrite de sodium) et d'un bactériostatique (l'hexaméthylène tétramine), les deux étant nocifs pour les clostridies.
Il y a une dizaine d'années, Bernd Pieper, dynamique fournisseur de conservateurs installé dans l'ex-RDA, avait lancé une alternative. Pour tirer le meilleur parti des milliers d'hectares de prairies naturelles de ces territoires de l'est, pauvres en sucres et donc délicates à ensiler, il avait eu l'idée d'associer des bactéries lactiques et de la mélasse. Essai techniquement concluant mais, là encore, la mise en oeuvre des chantiers restait lourde, l'ensileuse devant traîner une citerne de mélasse.
LA QUANTITÉ D'ACIDE FORMIQUE DIVISÉE PAR DEUX
Bernd Pieper développe depuis peu une nouvelle stratégie pour ces fourrages difficiles à ensiler et un nouveau cocktail original : de l'acide formique tamponné (moins corrosif) associé à un conservateur biologique à base de Lactobacillus plantarum. Ces deux conservateurs sont appliqués séparément au moment du chantier : les bactéries au niveau du pick-up de l'ensileuse, l'acide à la sortie du fourrage de la goulotte. Impossible en effet de mélanger les bactéries à l'acide au risque de leur nuire.
Pourquoi cette association ?
Réponse de Josef Pflaum, spécialiste bavarois de l'ensilage : « La formule acide formique plus bactéries lactiques fonctionne en tandem. L'apport d'acide a pour effet de diminuer immédiatement le pH, contrant les microbes nuisibles et favorisant les bactéries lactiques. Ces dernières prennent le relais de l'acide et continuent de baisser le pH, en utilisant les sucres non consommés par les microbes nuisibles, supprimés par l'acide formique », explique-t-il.
L'intérêt de ce cocktail est surtout économique. Il permet de diviser pratiquement de moitié les quantités d'acide formique à utiliser pour arriver au pH souhaité, et donc de réduire nettement la facture. Bernd Pieper recommande ainsi en combinaison avec « ses » bactéries lactiques un dosage de 4 l/t pour une prairie naturelle à 20 % de MS (voir tableau).
UNE EFFICACITÉ PROUVÉE PAR DE NOMBREUX ESSAIS
Ce duo a fait l'objet de nombreux essais privés, mais aussi d'organismes neutres comme des centres de recherche ou des chambres d'agriculture. La quasi-totalité de ces expérimentations a confirmé l'intérêt d'associer acide formique tamponné et bactéries lactiques. Témoin, celle menée par la chambre d'agriculture de Rhénanie-du-Nord-Westphalie sur une prairie naturelle avec 11,2 % de sucres (dans la MS) et ensilé à 20 % de MS (voir infographie ci-contre), une situation pour le moins difficile pour réussir son ensilage. Le témoin récolté sans conservateur le confirme. Il aboutit à une qualité de fermentation très médiocre (29 points sur une échelle où 100 correspondent à un ensilage excellent). L'utilisation d'un conservateur biologique seul permet, certes, de diminuer plus rapidement le pH pendant les trois premiers jours. Mais, à long terme, l'efficacité de cette option se révèle insuffisante (qualité de fermentation très moyenne 56 points sur 100). L'emploi d'acide formique seul, non tamponné, donne satisfaction et permet une bonne qualité de fermentation (76 points). Mais la combinaison acide formique tamponné et bactéries lactiques révèle des résultats un cran au-dessus, avec une qualité de fermentation optimale (100 points)… comme mélasse + bactéries lactiques.
Pour Josef Pflaum, ce cocktail acide formique + bactéries lactiques offre un réel intérêt pratique quand on est confronté à des situations délicates. Comme lorsqu'il n'est pas possible de préfaner suffisamment ou qu'un orage vient mouiller le fourrage déjà plus ou moins préfané… Logique dans ces conditions que « les ventes d'acide formique, qui étaient quasi inexistantes il y a encore trois ans en Allemagne, soient relancées », comme le dit Bernd Pieper.
JEAN-MICHEL VOCORET
Type de fourrage ensilé : Prairie naturelle, 20 % de MS, 11,2 % de sucres, indice d'ensilabilité très faible (35 sur 100).
Source : essai de la chambre d'agriculture Rhénanie-du-Nord-Westphalie
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