Une inflation « contenue » en rayon en 2026 ? C'est ce que visent les supermarchés, à trois jours de la fin de leurs négociations avec les fournisseurs, source, comme chaque année, de vives tensions. Et preuve d'un système à « bout de souffle », selon le ministre du Commerce Serge Papin.
Ces négociations commerciales, qui ont lieu traditionnellement du 1er décembre au 1er mars, portent sur les tarifs et conditions (modalités de livraison, calendrier promotionnel...) auxquelles les grandes surfaces s'approvisionnent auprès des fabricants. Souvent accusées de tirer la rémunération des agriculteurs vers le bas, malgré leur encadrement par les lois Égalim, elles déterminent in fine les prix en rayon (hors marques propres des supermarchés).
Chez Intermarché, « dans la dernière ligne droite », les « équipes sont mobilisées pour que les prix soient contenus », indique l'enseigne à l'AFP. Le cru 2026 devrait se traduire par une inflation alimentaire autour de 1 %, estimait la semaine dernière le PDG de Carrefour Alexandre Bompard.
Son homologue de Coopérative U, Dominique Schelcher, a également évoqué une « inflation contenue », anticipant des « baisses de prix » pour « certains cafés », lessives et produits d'hygiène, « les pâtes, la farine » ou encore « dans les chips et le sucre ». Des hausses sont aussi à prévoir, en réponse aux demandes « justifiées » des fournisseurs, pour la viande, la volaille ou les œufs, selon Dominique Schelcher, qui juge à l'inverse excessives les demandes de « certaines grandes marques » de chocolat.
Réduction des commandes
Quel qu'en soit le résultat, ces négociations auront à nouveau donné lieu à des passes d'armes médiatiques. Et ce malgré la volonté d'apaisement affichée par les parties prenantes, signataires d'une charte de bonne conduite en amont et aidées par une inflation modérée.
La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) a ainsi boycotté une réunion dédiée à Bercy la semaine dernière après des propos de la ministre de l'agriculture Annie Genevard, qui dénonçait le « chantage mortifère » exercé sur les agro-industriels par certaines enseignes menaçant « de déréférencer certaines marques faute d'accord ».
Le géant laitier Lactalis (Président, Lactel, Galbani, etc...) a en particulier accusé en janvier Everest, la centrale d'achat européenne d'Intermarché, Auchan et Casino, de retirer certains de ses produits des rayons pour obtenir des baisses de tarifs. Auditionné mardi par la commission d'enquête du Sénat sur les marges dans la grande distribution, la Fédération nationale de l'industrie laitière (Fnil) a chiffré de 150 à 200 millions d'euros le coût des déréférencements pour Lactalis.
« Une contractualisation plus longue »
Devant la même commission, le président d'Everest, Gianluigi Ferrari, a réfuté le terme de « déréférencement » mais assumé avoir « réduit les volumes » de commandes d'un peu moins de 20 % sur quatre ou cinq semaines auprès de Lactalis, fournisseur « extrêmement agressif ».
« Il n'y a pas que Lactalis : il y a des PME, des entreprises familiales, qui sont déréférencées » ou alors privées de commandes, a dénoncé auprès de l'AFP Jean-François Loiseau, président de l'Ania, à l'issue de sa rencontre avec le ministre du Commerce Serge Papin jeudi au Salon de l'agriculture. Interrogé par l'AFP, le ministre a reconnu un climat « pas suffisamment apaisé », preuve selon lui d'un système « à bout de souffle » et de la nécessité de recourir à des contrats pluriannuels.
Serge Papin entend défendre « une forme de contractualisation plus longue » permettant aux producteurs de se projeter. « Si on arrivait à avoir cet engagement-là, ça permettrait de donner une autre teneur aux relations commerciales qui, je le reconnais, en ont besoin », dit-il. Auprès de l'AFP, le patron de l'Ilec, qui représente les très grandes marques (Coca-Cola, Ferrero...), Nicolas Facon, a estimé que « ce n'est pas le système qui est à bout de souffle » mais le « cadre qui n'est pas respecté ».
Outre le « non-respect des lois », il pointe la « course au prix le plus bas possible » des distributeurs et « l'hyper-concentration » du secteur. En cas de non-respect de la date butoir, seuls les distributeurs sont sanctionnés. La Répression des fraudes vient ainsi d'infliger une amende de plus de 33 millions d'euros à Eurelec, la centrale d'achat européenne d'E.Leclerc, pour avoir dépassé cette date pour 70 contrats en 2025.
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