« Si vous voulez nous aider, ajoutez deux centimes à la brique de lait! Et encore, ça nous permettra tout juste de rester en place ». Les éleveurs laitiers qui ont entendu samedi les promesses de soutien de François Hollande savent précisément comment agir.
![]() Pour ces jeunes éleveurs, des mesures « exceptionnelles » d'ordre financier - prêts à taux réduits, étalement des charges - seraient largement insuffisantes. (© Terre-net Média) |
« Pour moi, la première chose, à faire c'est de nous permettre de rester sur nos exploitations: en Bretagne, trop d'amis jettent l'éponge », explique Chistophe Le Nozach, venu d'Inguinel (Morbihan) pour son quatrième Salon de l'agriculture avec une vache prim'holstein, laitière à fort rendement. « Nos charges ont augmenté de 50 euros pour 1.000 litres de lait. Si on revenait même à notre revenu d'il y a un an, ça irait. Qu'on commence par compenser en augmentant de 50 euros : ça couterait 2 centimes de plus par brique de lait », poursuit-il. « 2 centimes, c'est rien, et nous ça nous parait raisonnable. A ce prix on peut rester dans la profession. » A ses côtés, Denis Oliveux, également éleveur de Prim'holsteins et de Limousines dans le Morbihan, qui a pris « une semaine de vacances en 20 ans », refait les comptes : « En 2012, on nous a payés en moyenne 325 euros les 1.000 litres. Et pour 2013, on nous annonce (encore) 325. Mais on devrait être à 375 pour vivre correctement».
Sans attendre l'inauguration du Salon, la Fédération des producteurs de lait (Fnpl) avait dès vendredi interpellé François Hollande, dans une lettre ouverte transmise à l'Afp. Son président Thierry Roquefeuil y prévenait que « jamais de mémoire de paysan nous n'avons vécu une telle augmentation de nos coûts de production », avec l'envolée du prix des céréales et du soja nécessaires à l'alimentation des animaux. Un éleveur charentais, Wim Lohues, est parvenu à intercepter le président samedi : « Un éleveur laitier nourrit les gens mais lui n'a plus de quoi manger. En Charente, 10 % des éleveurs ont arrêté en 2012 », affirme-t-il. « Moi à 50 ans passés, je n'ai plus de prêt à rembourser et je ne joins pas les deux bouts ».
« La transformation et la distribution se renvoient la balle »
« Tout se passe au niveau de la transformation (l'industrie) et de la distribution qui se renvoient la balle » affirme Jérôme Blouet, éleveur du Guislain dans la Manche. « Comment rémunérer la matière première ? C'est là que ça coince. Nos petites coopératives laitières, comme la mienne dans le Cotentin, n'y arrivent plus : on l'oblige à serrer les coûts et si elle ne cède pas, elle risque d'être déréférencée par les enseignes de la distribution ». C'est alors la mort assurée : non seulement elle ne peut pas tenir sans un circuit de grande distribution, mais en plus quand elle y retourne, elle est perdante dans la renégociation. Pour ces jeunes éleveurs, des mesures « exceptionnelles » d'ordre financier - prêts à taux réduits, étalement des charges - seraient largement insuffisantes.
Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a évoqué samedi une redistribution des aides dans le cadre de la Politique agricole commune, un soutien aux investissements dans les processus de méthanisation des déchet., ainsi qu'une refonte des relations entre producteurs, transformateurs et distributeurs dans le cadre de la Loi de modernisation de l'économie (Lme). Pour François Thabuis, président des Jeunes Agricuteurs (JA) et éleveur dans le massif des Aravis (Alpes), réorganiser la filière est une urgence : « C'est même le défi de notre génération : soit collectivement en créant nos propres coopératives, soit en circuit court avec nos magasins, pour mieux répartir la marge ». En montagne, explique-t-il, le reblochon acheté 6,50 euros chez le producteur est vendu 16 à 18 en grande surface et jusqu'à 24 en crèmerie. « Si je le vends 11,50 tout le monde s'y retrouve ».

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