Le concours d'animaux de boucherie d'Agen s'est déroulé le mercredi 26 mars dernier.
Au marché aux bestiaux, les vrais passionnés se lèvent tôt. Les acheteurs du 7e concours de vaches à viande d’Agen ont longtemps observé les bestiaux avant la mise aux enchères des vainqueurs, sur le coup de 11h30.
Patrice Pineau était là dès 9h30. Le boucher historique du marché couvert d’Agen a reluqué les bovidés du parc d’Aquitaine pour se positionner en deux temps. Aux enchères du concours d’abord, où il est question d’emporter une dizaine de têtes de gondoles. Avec les éleveurs et engraisseurs ensuite, dans un marché aux bestiaux des plus classiques.
« La viande est aussi bonne chez les gagnantes que chez les autres » assure l’héritier de l’entreprise familiale créée en 1953. « Ce sont toutes des bêtes d’exception. » Une méthode Coué comme pour préparer la petite défaite qui se profile…
« Elle en met plein la vue »
Dès 9 heures du matin, les acheteurs potentiels suivent les pas du jury entre les box où sont rassemblées les vaches. Ils sont six, répartis en deux équipes de trois juges, à décider quelles bêtes seront proposées aux enchères. La présélection dure une bonne heure et demie.
« On juge l’aplomb, la finesse, la conformation des muscles » énumère, stylo en main, le représentant du groupe Jean-Rozé, filiale d’Intermarché. « Là, ce n’est pas compliqué, le lot 19 en met plein la vue. » « Si la bête rassemble toutes ces qualités, la viande sera bonne » assure Patrice Pineau. « Il n’y a jamais de mauvaise surprise. »
Histoire d’appuyer sa démonstration, le boucher jette un discret coup d’œil au fond, vers la partie du marché aux bestiaux où sont parquées les bêtes qui ne sont pas sélectionnées pour le concours.
Bien que pesant plusieurs centaines de kilos, ces bovins paraissent chétifs comparés aux rondeurs musculeuses des héroïnes de la journée. « Vous comprenez mieux pourquoi la viande est à 20 euros le kilo dans la grande distribution et à 26 euros chez le boucher ? »
Deuxième tirage
Retour sous les projecteurs. Il est 11 heures. Sur 103 vaches à viandes, une dizaine a été désignée Grand prix d’excellence et sélectionnées pour la vente aux enchères finale. Un bovidé y représente chaque catégorie : croisées, limousines, blondes d’Aquitaine, génisses blondes…
Patrice Pineau lève le doigt pour une blonde dont les enchères ont commencé à 6 euros le kilo. Après que l’acheteur d’Intermarché soit intervenu, les prix ont dépassé les 8 euros. Le boucher agenais enchérit à 8,60 € mais c’est finalement son voisin qui l’emporte… pour 20 centimes de plus. « Je me suis arrêté parce que je savais qu’il la voulait pour son magasin. Ce n’était pas la peine de faire grimper le prix. »
Patrice Pineau pense déjà au deuxième tirage. Lui qui travaille avec un engraisseur réputé du Tarn-et-Garonne, sait que plusieurs de ses belles bêtes lui reviendront. Ses clients goûteront peut être même unes des 90 premières ou deuxièmes dauphines d’hier.
Le ronron des petits contre les gros
Dans les concours, les petits commerçants voisinent avec les grands groupes dans une concurrence saine.
Jean Blanc, le patron de la filière-Blonde d’Aquitaine pays d’Oc, veut croire à l’intérêt des grands rassemblements agricoles comme celui d’Agen. « Ces concours permettent de recréer le lien entre tous les acteurs de la filière » défend le commissaire-priseur des enchères. « On est tous acteurs d’une même filière. Depuis l’éleveur jusqu’au boucher, on a besoin de se parler »
« Pas de caprice »
Il est vrai qu’ici, la concurrence immédiate entre la grande distribution et les petits commerçants ne fait pas de vague. « Quand Bigard ou Intermarché veulent vraiment une bête, on ne peut pas se positionner, on le sait », reconnaît Patrice Pineau, le boucher d’Agen, entouré de deux confrères. En clair, quand il n’y a pas de match, il n’y a pas de mauvais joueur….Quoique.
« Ils vont acheter une bête 15.000 euros pour en tirer 4.000 euros de viande, moi je peux pas me le permettre », ajoute le boucher agenais. « C’est plus facile de jouer avec l’argent d’un groupe de la grande distribution qu’avec son porte-monnaie » conclut un autre commerçant. « Nous on a une boutique derrière, on ne peut pas faire de caprice. »
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