Quel est le meilleur modèle pour l'agriculture française ? Le combat acharné des habitants d'un village picard proche d'Abbeville (Somme) contre le projet de ferme laitière géante dite « des 1.000 vaches », cristallise les enjeux de ce débat.
Une trentaine d'organisations de la Confédération paysanne à la fondation Brigitte Bardot en passant par les Amis de la Terre ont appelé à manifester dimanche 3 mars, dernier jour du salon de l'Agriculture, de la gare Montparnasse à la porte de Versailles. Dans leur collimateur : le « gigantisme de l'élevage industriel intensif » et la « mainmise de la finance sur l'agriculture ». Les militants contre la malbouffe et la maltraitance animale font ainsi corps avec les partisans d'une agriculture plus bio et familiale, comme le député européen Eelv José Bové ou le promoteur du développement durable Yann Arthus-Bertrand.
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« Créer un exemple, plus qu'un modèle », selon le futur chef d'exploitation
« Nous demandons un moratoire sur tous les projets du même type en France, en attendant qu'une loi soit débattue encadrant cette course au gigantisme », a indiqué à l'Afp Francis Chastagner, de Novissen. Le ministère de l'Agriculture est peu disert sur ce sujet. Mais le gouvernement se préoccupe du recul de la France, passée en quelques années de la première à la quatrième place dans le classement mondial des exportateurs agroalimentaires, derrière notamment l'Allemagne. Quant au ministère de l'Ecologie, il ne pouvait bloquer le projet, faute de bases légales, mais seulement l'encadrer. Ce qui a débouché sur un arrêté qui, à force d'accumuler les contraintes de suivi réglementaires, a fini par inquiéter la Chambre d'agriculture de la Somme, soucieuse de ne pas corseter les regroupements d'exploitants laitiers.
Chez certains syndicats agricoles, c'est en effet plus son financement par un industriel qui gêne, que le fond du projet, a confié à l'Afp le patron de l'Organisation des producteurs de lait (Opl) de la Coordination rurale, Daniel Condat. A la Fnsea, le syndicat majoritaire, le président de l'Union des producteurs de lait de Picardie (Uplp), Dominique Dengreville, a noté que l'on pouvait s'inquiéter de la capacité des jeunes à s'installer dans l'agriculture si des financiers s'en mêlent. L'équation est simple pour Michel Welter, le futur chef d'exploitation du projet de Buigny/Drucat : « Depuis les années 1980, les coûts unitaires (fioul, main-d'oeuvre) ont quadruplé, voire sextuplé, en monnaie constante. La taille des exploitations agricoles doit suivre ». « Nous ne prétendons pas créer un modèle, mais un exemple », a cependant insisté Michel Welter.
En attendant, la parole est à la justice et les passions vont rester vives. Novissen va intenter un recours devant le tribunal administratif et son président, Michel Kfoury, est convoqué le 4 mars au commissariat d'Abbeville, suite à une plainte au pénal pour "outrage" du sous-préfet Philippe Dieudonné, qui s'estime diffamé par un courrier de l'association.

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