Jean-Pierre et Laure Reigner avaient réussi à se reconvertir dans l'élevage de veaux sous la mère à Bouère (Mayenne), mais leur « projet de vie » s'est écroulé quand ils ont appris que leur cheptel était contaminé par une pollution aux Pcb attribuée à l'usine Aprochim.
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Comme la leur, depuis janvier, dix autres fermes situées dans un rayon de 3 km autour de l'usine de Grez-en-Bouère, le village voisin, ont été placées sous séquestre totale ou partielle après la détection de taux anormalement élevés de concentration en Pcb (polychlorobiphényles) dans leurs productions - lait, viande et oeufs. Cette semaine, un producteur de fromages de chèvre a vu à son tour sa production interdite à la vente.
Des animaux invendables
Avant, « jamais personne ne nous avait parlé de l'activité de cette usine » spécialisée dans le traitement de déchets industriels chargés en Pcb (transformateurs, condensateurs), raconte Laure. « Tout est allé très vite, les services vétérinaires, les prélèvements et la prise de conscience... Mais le jour où on a reçu les résultats d'analyse de nos veaux, on a tout de suite compris » dit-elle, ponctuant son récit d'un long silence. Des tests sur leur bétail ont révélé des taux d'imprégnation en Pcb de 5 et jusqu'à 30 picogrammes par gramme de matière grasse, soit jusqu'à six fois la norme maximale autorisée. Les animaux se révèlent invendables.
« Quand ça vous tombe dessus, il vaut mieux être solide psychologiquement. Ces veaux, élevés sous la mère, formaient l'essentiel de nos revenus », 60 % du chiffre d'affaire, précise Jean-Pierre. Pour cet ancien salarié agricole et son épouse, ex-enseignante en sciences, le coup est rude. Ils voulaient s'installer dans l'Ouest, ont trouvé en janvier 2002 cette ferme à louer et ont tout quitté pour se lancer dans l'élevage de limousines, leur « passion ». Ils avaient obtenu le label rouge pour leurs veaux « sous la mère » - nourris exclusivement au lait jusqu'à leur abattage à quatre mois -, très prisés par les boucheries et les restaurants. Aujourd'hui, 200 de leurs bêtes sont sous séquestre. Après les veaux, de nouveaux tests ont en effet révélé que des génisses étaient contaminées. Le couple a plongé dans l'abattement, puis la colère. On nous a « laissé penser que nous pourrions nous reconvertir en produisant des broutards (jeunes bovins). Mais à quoi bon remettre un troupeau sain si les terres sont polluées? », dit Jean-Pierre.
Trois troupeaux des environs de l'usine abattus
Au sein du monde agricole mayennais, personne ne s'illusionne sur la possibilité de décontaminer les bêtes intoxiquées et chacun s'interroge sur la persistance de la présence des Pcb dans les eaux et les terres. Trois troupeaux des environs de l'usine ont été abattus pour contamination aux Pcb et trois autres devaient l'être lundi. Faute de revenus et pour assumer leurs charges, les Reigner ont sollicité en référé une provision auprès d'Aprochim. Mais le juge a rejeté leur demande en faisant valoir « l'absence de certitude sur l'origine de la pollution ». Quelques semaines plus tôt, un autre juge avait estimé au contraire qu'Aprochim se trouvait « en première ligne de la liste d'accusation » et accepté la même demande d'un voisin dont le troupeau a été depuis abattu. Une décision confirmée récemment en appel.
Aprochim, qui continue de contester sa responsabilité, a été contraint au printemps de réduire de 50 % son activité et d'améliorer ses dispositifs de confinement et d'aspiration. En juin, malgré les protestations des riverains, le site a été autorisé à fonctionner à pleine capacité, de nouveaux tests de pollution doivent être publiés mi-décembre.

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