 L'élevage, une des sources pointée du doigt. (© Terre-net Média) |
En France, l'agriculture et l'exploitation forestière sont responsables d'environ 19% des émissions de gaz à effet de serre, essentiellement à cause du méthane émis par les ruminants à l'issue de leur digestion, et de l'azote des engrais.
« 1% des apports d'engrais azotés » se retrouvent au final volatilisés sous forme de gaz à effet de serre, indique Bernard Seguin, expert du Groupe intergouvernemental sur le changement climatique (Giec).
Or, le « pouvoir de réchauffement » d'une tonne de protoxyde d'azote, relarguée dans l'atmostphère, est aussi élevé que celui de 296 tonnes de gaz carbonique (CO2), ajoute ce responsable de l'Institut national de recherche agronomique (Inra).
Le méthane est également un puissant gaz à effet de serre : jusqu'à 30 fois plus que le CO2. Les vaches et autres ruminants broutant à l'air libre l'herbe d'une belle prairie, image bucolique d'un élevage soucieux de fournir une viande de qualité au consommateur, produisent davantage de méthane que celles qui digèrent des farines industrielles, relève un autre expert. Des ruminants confinés dans un espace étroit, ce qui peut être contraire au bien-être animal, contribueraient moins à l'effet de serre que ceux à l'air libre, selon Pierre-Alain Jayet, économiste à l'Inra. Cela permettrait notamment de laisser davantage d'espaces aux forêts et plantations susceptibles de capter le carbone en excédent dans l'atmosphère.
L'effet positif sur le climat de « puits de carbone » naturels que sont les forêts et plantations ne suffit pas à contrebalancer les émissions de puissants gaz à effet de serre liées à l'agriculture intensive au sein de l'Union européenne, selon une étude publiée dimanche dans la revue scientifique Nature Geoscience. Les écosystèmes terrestres de l'UE émettent plus de gaz à effet de serre qu'ils n'en absorbent, augmentant ainsi de 3% en « équivalent CO2 » les émissions attribuées aux combustibles fossiles, selon l'équipe de Detlef Schulze (Institut Max-Planck pour la biogéochimie, Allemagne).
Une hausse d'un degré serait tout de suite négative pour les pays du sud
Mais réduire la production agricole de l'UE ne serait pas forcément profitable au climat, selon M. Jayet. Si la production est faite ailleurs, dans des « conditions pas forcément meilleures » qu'en Europe, cela peut même entraîner « une augmentation mondiale de gaz à effet de serre », relève-t-il.
Les conséquences du changement climatique sur la production agricole elle-même pèseront sur les arbitrages à venir. Dans les zones tempérées, une hausse de la température de 1 à 2°C peut se traduire par une augmentation de la production pour le blé ou le maïs, sous réserve que l'eau ne manque pas, selon Bernard Seguin.
« Ca commence à se casser la figure à 4 ou 5 degrés de réchauffement », ajoute-t-il. Mais pour « les pays du Sud, le premier degré de réchauffement est tout de suite négatif », avec un impact sur la pluviométrie, selon cet expert.
En France, un réchauffement limité permettrait de faire pousser des tournesols dans le Nord, mais pour la vigne se pose la question des terroirs si Reims a la température de Perpignan ou si le Côte du Rhône doit être produit en Champagne.
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