« L'opération se déroule dans de bonnes conditions. Nous sommes fatiguées, mais nous n'avons pas eu froid cette nuit », assure Marie-Annick Thomas, 50 ans. Installée depuis 7 ans dans un Groupe agricole d'exploitation en commun (GAEC, micro coopérative) de quatre agriculteurs à Rostrenen, Mme Thomas est en grève du lait depuis le début du mouvement, il y a une douzaine de jours. Comme beaucoup d'autres, elle a participé à des opérations d'épandages. « C'est émouvant et ça fait mal au coeur, confie-t-elle. Mais chaque action est bonne. Ici, nous nous retrouvons dans une action qui nous correspond bien ». « Certains producteurs affichent un résultat nul ou sont presque en faillite », raconte-t-elle. Aussi demande-t-elle une « régulation » et « la mise en place d'une politique à long terme », se disant prête à réduire la production afin de voir les prix du lait remonter. Dans l'avenir, elle redoute un bouleversement du paysage agricole avec la création de grosses exploitations et la disparition d'un modèle de développement rural cohérent. « C'est une question d'avenir; sans paysan, pas d'aménagement du territoire. Il faut que les politiques nationaux se bougent un peu », avance-t-elle. Brigitte, professeur des écoles et épouse d'un éleveur, témoigne des difficultés des agriculteurs à trouver des successeurs. « Mon mari est à deux ans de la retraite, il n'a pas trouvé de candidat à la reprise de l'exploitation », déplore-t-elle. « Pourtant, tout est en place, aux normes, (tout est là pour) assurer un salaire dès le premier mois de travail à un jeune» repreneur. L'action des quatre agricultrices ne laisse pas indifférent. Des personnes s'arrêtent régulièrement pour discuter: des agriculteurs bien sûr mais aussi des élus locaux, qui viennent les soutenir ou encore de simples passants qui se rendaient à la cité administrative. Depuis douze jours, une partie des producteurs français observent une « grève du lait » pour protester contre la chute des prix, un mouvement qui essaime en Europe. Dans certains pays de l'UE, les prix du lait ont chuté de plus de 50% entre 2008 et 2009.
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