« L’équilibre entre les productions végétales et animales est de nature à assassiner les productions animales », conjoncture Jean-Claude Guesdon, de l’Institut de l’élevage à la tribune de l’Association française de zootechnie (Afz).
La récente flambée du prix des céréales et des tourteaux est une situation inédite depuis des décennies. Depuis janvier 2006, le cours du blé a doublé, celui du maïs et du tourteau de colza respectivement augmentés de 170 et 160 %. Le développement des biocarburants n’y est pas étranger. Les répercussions des surfaces consacrées aux agrocarburants conduisent Jean-Claude Guesdron à les considérer comme une menace pensant sur l’élevage européen. « Le bilan n’est pas neutre, comme il nous l’est parfois présenté, mais bien négatif », explique le chef du département Economie de l’Institut de l’élevage.
Les estimations de l’Institut sur la quantité de surfaces nécessaire à la production d’un volume de 7% d’agrocarburants à l’horizon 2010 ne concordent pas avec celles de l’Onigc (Office national interprofessionnel des grandes cultures). « L’Onigc estime que 1 % des surfaces suffiront, nous pensons qu’il faudra retirer 10 % des terres labourables aux cultures alimentaires, soit 1,7 millions d’hectares, ce qui n’est pas sans conséquences sur les ruminants. »
Quant à utiliser les co produits des agrocarburants pour contenir les prix des aliments du bétail, Jean Claude Guesdon est convaincu que cette action qu’il qualifie de « pompier » sur ces volumes mis en marché sera insuffisante face à la pression à l’effet pyromane exercée par les agrocarburants sur les surfaces. « Si nous manquons de connaissance zootechniques sur les drèches et le glycérol, l’inquiétude n’est pas là : les ruminants pourront très bien les utiliser, mais avec en suspens la question du prix. Ces produits entreront en compétition de prix avec les produits importés. En outre, pour ce qui est des tourteaux de colza, à substitution totale du soja possible techniquement, et sans compter l‘utilisation possible partiellement par les monogastriques, il peut très bien ne pas y avoir de problèmes de débouchés du tourteau de colza en France. En conséquence, les éleveurs ne peuvent guère espérer une attractivité particulière de ce produit par rapport au tourteau de soja lui-même en hausse.»
Risque d'arrêter les productions animales
Les coûts de production des productions animales sont destinés à poursuivre leur augmentation. Le développement des agrocarburants contribue à les rendre encore plus dépendants du prix du pétrole, au travers des postes déjà directement liés à l’énergie (carburant, engrais, phytosanitaires) mais également au travers des postes indirects (aliments achetés). Ce qui concrètement double le pourcentage du coût de production lié au prix du l’énergie.
L’effet normal des politiques de dérégulation se manifeste sur les prix par leur aspect erratique qui va concerner tous les secteurs de production. Il est à la fois le produit du passage de l’abondance à la rareté et celui des réformes de mécanisme de gestion, tant au plan européen que mondial. Quoi qu’il en soit, il y a un fossé plus grand que jamais dans l’histoire entre les productions de céréales et les produits d’élevage (lait et viande), avec des risques d’incitation à mettre fin aux activités de production animale.
Jean-Claude Guesdon reste relativement optimiste sur la filière laitière, avec une demande qui a tiré à la hausse le prix payé aux producteurs. « Le prix du lait à la tonne a augmenté de plus de 100 € en 2008 par rapport à 2007. Dans une croissance conjuguée des volumes et des prix, le paysage laitière est très apaisé par rapport aux deux années passées. Mais difficile de formuler quelques prévisions pour l’avenir : beaucoup d’interrogations pour peu de certitudes. »
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