La France fait une nouvelle fois bloc derrière la défense des intérêts de ses agriculteurs, négligés à ses yeux par le négociateur européen à la prochaine conférence de l'OMC à Hong Kong, et menace de mettre son véto à un accord qui irait trop loin à son goût.
Au centre des inquiétudes des autorités françaises: la défense de la Politique agricole commune (PAC), "ligne rouge" menacée selon elles par les propositions du commissaire européen au Commerce Peter Mandelson en matière de réduction des subventions et droits de douane sur les produits agricoles. Pour Paris, l'Europe a déjà fait assez de concessions en acceptant de réformer la PAC en 2003. Elle doit désormais obtenir des pays en développement qu'ils ouvrent leurs marchés aux produits industriels ou aux services des nations développées. "La France veut avoir des progrès sur le paquet complet", et l'agriculture ne doit pas servir de "variable d'ajustement" dans les négociations à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), a réaffirmé samedi Thierry Breton, ministre français de l'Economie.
Une position qui s'explique par la place particulière de l'agriculture en France, premier pays agricole européen et de loin le principal bénéficiaire des subventions européennes. L'agroalimentaire "est un secteur économique très important (...), l'un des premiers soldes exportateurs" de la France, avec 8 milliards d'euros d'excédents en 2004, souligne Hélène Delorme, spécialiste des politiques agricoles. Au plan politique, "il est très difficile de s'aliéner les agriculteurs", certes peu nombreux, mais "sur-représentés", notamment au Parlement, observe Philippe Hugon, de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Alors qu'elle aurait été "crédible" en plaidant pour "une politique d'aménagement du territoire et de maintien des paysanneries", la France s'est placée dans une situation "intenable en s'arc-boutant" sur la défense de la PAC, juge ce chercheur.
Paris apparaît isolée au sein de l'Europe, où très peu de pays ont soutenu ses tentatives de contrôler plus étroitement les propositions de M. Mandelson. Le président Chirac estime qu'une "libéralisation hâtive et généralisée des échanges agricoles (ruinerait) les efforts des pays les moins avancés". Mais la France tiendrait un double langage en affichant sa volonté de lutter contre la pauvreté tout en cherchant à préserver des barrières douanières qui freinent les exportations des pays en développement, à en croire les partisans du libre-échange. En cas d'ouverture des marchés des pays développés, "la plupart des pays en développement seraient gagnants", estime Stefan Tangermann, directeur de l'Agriculture à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Et pour les autres, "on peut établir des mécanismes leur permettant de surmonter ces difficultés".
Critiquée sur la PAC, la France a essayé de contre-attaquer sur le volet développement en proposant avec l'Union européenne l'adoption à Hong Kong d'un "paquet" de mesures de soutien pour les pays pauvres. Mais "mettre en avant le volet développement, (...) c'est un peu essayer de masquer cette défense envers et contre tout de la PAC", estime Bénédicte Hermelin, du Groupe de recherche et d'échanges technologiques (GRET), qui, comme d'autres ONG, juge insuffisantes les propositions européennes. Preuve de leur détermination, les autorités françaises se disent prêtes à user de leur droit de veto, tout en reconnaissant qu'elles ne pourraient le faire que sur un accord global, au terme du cycle de Doha.
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