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Gaec de la Haute Maison (55)Circulation, pâturage : comment nous anticipons le passage au robot

Le passage au robot de traite va changer les habitudes des éleveurs, il faut l'anticiper. La clé de réussite passe surtout par une bonne circulation des animaux. (©Terre-net Média)
Le passage au robot de traite va changer les habitudes des éleveurs, il faut l'anticiper. La clé de réussite passe surtout par une bonne circulation des animaux. (©Terre-net Média)

Damien Leclerc, Guy et Johan Ravenel, éleveurs de 70 laitières à Aincreville dans la Meuse (55), anticipent l’arrivée de leur robot qui sera mis en route courant juin. Avant son achat l’an dernier, ils ont choisi de se faire accompagner par Pierre Vogel, consultant robot de traite chez Seenorest, afin de se conforter dans leurs choix et de penser à tout avant le jour J.

« On a franchi le cap du passage en robot pour avoir moins de travail physique et pour se libérer du temps. On n’investit qu’une fois dans sa vie dans un robot de traite. Il était important pour nous d’avoir l’avis d’une personne extérieure compétente », expliquent les associés du Gaec de la Haute Maison dans la Meuse (55). Pour cela, ils ont fait appel à Pierre Vogel, consultant robot pour Seenorest.

« La mise en route du robot ne devait pas compromettre l’accès au pâturage pour les animaux »

« Notre production est encadrée par notre collecteur. Le cahier des charges nous oblige à faire pâturer les animaux, il était donc essentiel pour nous de bien réfléchir à l’accès au parc. Nous avions l’appréhension qu’une fois en pâture les vaches ne veuillent plus revenir en stabulation. Pierre nous a cependant recommandé de ne pas priver les vaches d’eau au pâturage car cela ne les inciterait pas à revenir se faire traire et pouvait entraîner une baisse conséquente de lait. L’implantation des bacs à eau s’est donc faite en conséquence. »

« Il nous a également conseillé de gérer l’accès à la pâture par une porte intelligente qui accepte ou non la sortie de la vache. Enfin, nous prévoirons un portillon anti-retour pour que les vaches venant de l’extérieur ne bloquent pas les celles qui sortent du robot pour aller pâturer. »

Sécuriser le système pour prévenir la saturation

« Pour l’implantation du robot, il ne faut pas jouer, c’était aux experts de choisir. Pour le mode de circulation, c’est différent : on a opté pour le système le plus sécurisant. Nous ne prévoyons qu’une stalle et avec presque 70 vaches, le risque de saturation du robot est réel. La circulation libre optimisée nous a semblé la plus appropriée pour inciter les vaches à aller au robot. Pour l’aire d’isolement, que nous avions déjà envisagée, c’est pareil, nous l’avons voulue plus conséquente que celle du projet. »

Guy Ravenel, éleveur (55)
Impossible de faire une croix sur le pâturage pour Guy Ravenel. L'installation du robot devait prendre en compte cet accès à l'herbe. (©Terre-net Média)

Les recommandations de Pierre Vogel pour un passage en robot réussi :

Raisonner son système complet

Le passage de salle de traite au robot ne se prête pas forcément à tous les systèmes, à tous les bâtiments, et à tous les éleveurs… Avant de se lancer tête baissée dans le projet, il est bon de valider quelques points primordiaux :

- « Il est hors de question de ne plus pâturer ». Mes parcelles sont-elles accessibles librement depuis mon bâtiment, facilement et confortablement pour les vaches ?

- « Le bâtiment est existant, et je ne souhaite pas réaliser de travaux trop importants ». Y a-t-il des solutions d’implantation du robot cohérentes, afin d’assurer une bonne circulation, un confort optimisé pour les vaches (et pour moi !) ?

- « Je veux passer en robot pour gagner du temps de travail (1ère raison évoquée par 40 % des éleveurs passant au robot) et pour améliorer mes conditions de travail (1ère raison évoquée par 20 % des éleveurs). » Suis-je prêt à vérifier au quotidien les informations remontées par l’informatique ? Suis-je réactif lorsque je rencontre actuellement un souci de conduite de troupeau (sanitaire, alimentation, etc.) ?

Tant de questions à se poser avant d’aborder l’implantation du système de traite robotisée… Ensuite, implanter un robot ne se limite pas à positionner un robot dans un bâtiment : il faut raisonner « système complet » :

Implantation du robot de traite
Bien raisonner l'installation de son robot de traite. (©Seenorest)

20 % des animaux vont occuper 80 % du temps de travail, il faut l’anticiper

Il est primordial de se projeter dans sa future installation, dans son bâtiment et avec son troupeau :

Je serai seul dans le bâtiment, comment vais-je gérer :

- un traitement sur une vache (mammite, tarissement, etc),

- le passage de l’inséminateur,

- une forte boiterie sur une bête,

- l’apprentissage d’une primipare venant de vêler,

- la gestion des vaches en retard à la traite...

En moyenne, 20 % des animaux vont occuper 80 % du temps de travail au quotidien. Pour une gestion facile et efficace des interventions sur ces 20 %, il est indispensable de prévoir un box d’isolement, accessible directement depuis le robot de traite ou depuis une porte d’identification. Par une simple programmation sur le logiciel du robot, la vache en question sera ainsi séparée automatiquement. Ce box devra pouvoir contenir entre 10 et 15 % de l’effectif du troupeau. Il y faudra un accès libre à l’eau et au fourrage.

Si c’est un box sur aire paillée, il faudra le prévoir de sorte à ce que les vaches ne soient pas incitées à se coucher directement après la traite, et il faudra prévoir entre 8 et 10 m² de surface de couchage par vache.

Un accès direct (par un jeu de barrières amovibles) au box des vaches taries vous facilitera le transfert des vaches que vous venez de tarir (surtout si vous êtes seul dans le bâtiment !).

De même, une cage de contention accessible elle aussi par un jeu de barrières amovibles depuis ce box d’isolement facilitera les traitements, soins des pattes, etc. Et pour éviter de travailler à genoux, une fosse aux côtés de cette cage de contention sera la bienvenue (pensez à votre confort de travail !).

Mais lors de cette projection dans votre nouveau bâtiment, pensez également au troupeau et à son confort.

Confort du troupeau laitier
Intégrer la notion de confort des animaux dans l'installation du robot de traite. (©Seenorest)

« La clé de la réussite passe avant tout par une bonne circulation des animaux »

La circulation dans le bâtiment devra être conçue en faveur de tous les critères motivant la vache à circuler, en éliminant toutes les éventuelles sources de démotivation. La clé de la réussite en traite robotisée passe avant tout par une bonne circulation des animaux.

Dans tous les cas de figure, toutes les vaches devront pouvoir accéder librement au robot pour la traite, mais elles devront également accéder librement à l’alimentation et à l’abreuvement :

- 10 à 12 repas quotidiens

- Pas de concurrence à l’auge (nombre de cornadis = nombre de vaches)

- 6 à 8 buvées par jour – jusqu’à 150 litres d’eau par jour pour une vache

- Pas plus de 20 m à parcourir par une vache pour trouver un point d’eau, et de l’eau disponible en sortie de traite.

- Débit de canalisation d’eau suffisant : une vache à une capacité de succion de 16 à 27 litres/min et environ 10 % du troupeau doit pouvoir s’abreuver simultanément.

- Pas de concurrence au couchage : les vaches ont besoin de se coucher 12 à 15 h par jour. La réduction des temps de repos diminue la production de lait.

Par ces quelques chiffres on comprend rapidement que pour une bonne circulation des vaches dans le bâtiment, il est important de vérifier quelques points :

- Couloir d’alimentation large de 4m minimum

- Autres couloirs de croisement des vaches : 3m minimum de largeur

- 5 à 7 mètres de dégagement devant la ou les stalle(s)

- 4 à 5 mètres d’espace autour des abreuvoirs collectifs

- Sols non glissants

- Pas de brosse, pierre de sel, abreuvoirs… aux lieux de fortes fréquentations, ni à proximité du robot pour éviter les attroupements à ces endroits stratégiques.

Se faire accompagner aussi à la mise en route du robot

Guy, Johan, Damien et Pierre Vogel se contactent régulièrement et prévoient de se rencontrer prochainement afin d’organiser l’accompagnement de la mise en route du robot courant juin. Trois demi-journées sont prévues en partenariat avec le concessionnaire et Seenorest. D’après les associés, « il y aura forcément un temps d’adaptation à prévoir pour les animaux mais aussi pour nous. C’est bien d’en avoir conscience et de prévoir d’adapter notre comportement envers les vaches ». Les associés restent prudents et espèrent qu’en appliquant les préconisations tout se passera bien.

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