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MéthanisationDe la réflexion à la construction : les grandes étapes du projet

Pour diversifier les revenus de l'exploitation, mieux valoriser les effluents d'élevage ou encore améliorer le bilan énergétique de l'exploitation, la méthanisation intéresse beaucoup d'éleveurs. Focus sur les étapes clés d'un projet, de la réflexion à la concrétisation.

La méthanisation est un atelier à part entière pour une exploitation agricole. Cela suppose de l'intégrer dans son temps de travail. Marie Thomas, référente sur le sujet pour Eilyps explique qu'il y a quatre phases dans un tel projet : l'émergence (réflexion, études), le développement (mise en œuvre), la construction puis l'exploitation. « En général, dans les projets de méthanisation, il se passe environ 4 ans entre la première et la dernière phase. »

Alors que comprennent-elles ?

1. La réflexion sur un projet de méthanisation agricole

Dans cette phase d'émergence, beaucoup de questions tournent autour de l'impact sur le système actuel. Interrogé par Eilyps, Pierrick Cotto, éleveur laitier en Ille-et-Vilaine et actuellement en phase de construction de son unité de méthanisation, revient sur les premières questions qu'il s'est posées : « Quelle quantité de gaz va-t-on produire grâce aux effluents ? Faudra-t-il compléter avec des Cive ? Quel impact sur l'assolement et quelle place dans la rotation ? Quel impact de l'épandage du digestat sur la fertilisation des sols ? Pourrai-je respecter les seuils réglementaires ? À combien peut-on chiffrer les économies d'engrais chimique ? »

Julien Moy, chargé d'affaires pour le constructeur Evalor cite ce que sont pour lui les fondamentaux d'un projet performant et durable :

- Le débouché énergétique : « Cela dépend essentiellement de la distance de raccordement et du territoire. »

- La sécurisation du gisement : « Il faut maîtriser a minima 70 à 80 % du gisement. Il ne faut pas oublier qu'une unité de méthanisation, c'est sur 15 ans, il faut le prendre en compte pour la disponibilité des matières. C’est bien la quantité d’effluents d’élevage disponible qui doit constituer le socle essentiel pour le dimensionnement du projet de méthanisation. »

- Et cela va avec la maîtrise du foncier : « Cela a un gros impact sur le retour au sol. Attention à ne pas surdimensionner le projet, au risque de ne pas être autonome en termes de surface pour l'épandage. »

- Les ressources humaines : « Prendre en compte qu'il faut à peu près 1 h de travail pour 100 kW. Cela peut représenter 2 à 3 h de travail, voire un mi-temps consacré au process, sans compter la récolte des cultures. »

- Le suivi biologique : « Il faut maintenir l'équilibre de la digestion pour les 15 ans de durée de vie du projet. »

2. Les démarches pour la construction d'une unité de méthanisation

L'éleveur, dont la réflexion a démarré en 2017, a développé son projet en 2019 pour un lancement de la construction en mars 2020. Il se souvient : « Une fois la faisabilité technique du projet calée, nous avons passé beaucoup de temps aux tâches administratives car il a fallu s'approprier toutes les autorisations, choisir le site d'implantation, lancer le permis de construire, vérifier et refaire un dossier autour de l'ICPE, la demande d'autorisation d'exploiter et à la fin la demande d'agrément sanitaire. »

Et en effet, cette phase de développement concerne surtout de la "paperasse". Elle s'articule autour de trois sujets : les démarches en lien avec l'administration, celles liées à la vente d'énergie et les démarches en lien avec le financement du projet.

Pour les étapes administratives, Marie Thomas les résume dans le schéma ci-dessous :

Etapes administratives pour le dossier de projet de méthanisation
Les étapes administratives pour un projet de méthanisation. (©Eilyps)

En même temps, il ne faut pas oublier l'intégration locale du projet. Il faut en effet concerter les acteurs du territoire (pouvoirs publics, citoyens, mais aussi voisins agriculteurs). Habitué à suivre des projets, Julien Moy recommande d'ailleurs de continuer à communiquer sur le projet même après la mise en route du méthaniseur.

3 et 4. Construction et exploitation du méthaniseur

Pour la construction, charge à chacun de travailler avec le constructeur de son choix. En revanche, il est possible d'être assisté par un organisme et/ou de recourir à un maitre d'œuvre.

En ce qui concerne l'exploitation, Julien Moy rappelle : « Le facteur de réussite de la méthanisation est la gestion de la biologie. » Cela consiste à maintenir l'équilibre de la digestion sur le long terme. Pour ce faire, il recommande de réaliser un suivi quotidien des paramètres (pH, température, composition du biogaz et du digestat), et de réaliser des analyses régulières sur les matières entrantes et le digestat, et ce même sur une petite installation. « Il peut aussi être opportun de se former au suivi biologique ou de souscrire un contrat de suivi, au moins les premières années », insiste-t-il.

Rédactrice en chef de Web-agri

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