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[Témoignages vidéo] Nuisances supposéesCondamnation (Oise) : « Tout éleveur et agriculteur est un Vincent Verschuere »

De nombreux élus et agriculteurs se sont rassemblés à Saint-Aubin-en-Bray en soutien à Vincent Verschuere le 6 mai. (©Terre-net Média)
De nombreux élus et agriculteurs se sont rassemblés à Saint-Aubin-en-Bray en soutien à Vincent Verschuere le 6 mai. (©Terre-net Média)

(Article publié le 6 mai 2022 à 19h52, mis à jour le 9 mai à 18 h, avec l'ajout de témoignages vidéo notamment) 150 à 200 personnes - élus, éleveurs, habitants de l'Oise et des Hauts-de-France - sont venues le 6 mai, à l'initiative de la FNSEA, apporter leur soutien à Vincent Verschuere. Le 8 mars dernier, le producteur laitier a été condamné à verser 120 000 euros de dommages et intérêts à des voisins qui avaient porté plainte pour nuisances sonores et olfactives. Pour les exploitants présents, comme les élus, tous les éleveurs et agriculteurs de France pourraient être des "Vincent Verschuere" et il faut se mobiliser pour éviter ça à tout prix !

Élus du département de l'Oise, de la région Hauts-de-France ou nationaux, du monde agricole et de l'État, éleveurs, agriculteurs ne faisant pas d'élevage, citoyens... 150 à 200 personnes ont répondu, vendredi 6 mai 2022, à l'appel à mobilisation de la FNSEA pour soutenir Vincent Verschuere. Nous avions donné la parole à l'éleveur laitier, fin mars, juste après sa condamnation par la Cour d’appel d’Amiens pour nuisances sonores et olfactives. Il doit payer 120 000 € de dommages et intérêts à des riverains et démonter sa stabulation.

« Revenir sur des autorisations signées ?! »

« On est tous ici des exploitants travaillant dans nos villages. On est tous des "Vincent Verschuere" : nous nourrissons les gens avec des aliments de qualité en respectant le bien-être animal. Et on a envie de le partager avec nos voisins ! », lance Luc Smessart, vice-président de la FNSEA et éleveur dans l'Oise.

Écoutez, à ce sujet, Gilles Pelletier, éleveur laitier à quelques kilomètres, chez qui nous étions allés en reportage sur le thème du salariat à temps partagé, et dont la ferme est en plein village :

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« L'ensemble des agriculteurs se sentent concernés car ils construisent des bâtiments et font donc des permis de construire. Et comme la famille Verschuere, ils ne concrétisent leur projet que quand ils ont toutes les autorisations, renchérit Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. Des contestations sur des données subjectives sont totalement anormales comme le fait que l'exploitation soit mise en péril alors qu'elle respecte la réglementation ».

Voir l'interview de Christiane Lambert :

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« Quand on a eu les autorisations, je ne comprends pas qu'on puisse revenir sur un dossier. Si des choses doivent être vues, elles doivent l'être avant. Une fois les autorisations signées, on doit foutre la paix aux agriculteurs ! », insiste Nadège Lefevre, présidente du Conseil départemental de l'Oise. « Un dossier sur 2 de construction de bâtiment agricole se fait sous dérogation dans l'Oise », précise Gwenaëlle Desrumaux, présidente des JA 60. Sachant qu'à l'échelle nationale, la situation doit être à peu près similaire.

1 dossier sur 2 sous dérogation pour construire un bâtiment.

« La ruralité de carte postale comme norme  »

« Il ne faut pas oublier que l'agriculture se passe à la campagne, poursuit Christiane Lambert. Et l'odeur des vaches et le bruit du tracteur font partie du vivre à la campagne.  Nous avions une habitude de compréhension, il faut que les nouveaux venus restent dans cet état d'esprit. On ne peut pas vouloir une alimentation de proximité et refuser les bâtiments agricoles de proximité. » « Les gens veulent une ruralité de carte postale et c'est en train de devenir la norme, déplore Gwenaëlle Desrumaux. On parle beaucoup des difficultés économiques du monde agricole, mais le problème des riverains est celui de l'agriculture de demain, d'autant plus avec tous les gens qui arrivent à la campagne suite à la crise sanitaire. Je veux vraiment interpeler les responsables politiques et notamment locaux pour qu'ils mouillent la chemise » et jouent un rôle de modérateur.

Le problème des riverains est celui de l'agriculture de demain.

« L'agriculture s'est développée en même temps que nos villages. Aujourd'hui, elle doit continuer à pouvoir le faire. On ne peut pas laisser des riverains s'opposer à l'activité agricole si importante pour la vie économie, sociale et territoriale de notre pays », martèle Hervé Ancelin, président de la chambre d'agriculture de l'Oise, département où « on a l'habitude de travailler en concertation ». Pour preuve : l'existence d'une charte de bon voisinage, mise en place avec l'Union départementale des maires, Famille Rurale, des associations environnementales « pour prendre en compte les demandes de la société civile, de sorte que le bon vivre ensemble perdure dans le département ». 

Et la loi sur le patrimoine sensoriel rural ?

Car comme le fait remarquer Olivier Pacaud, sénateur de l'Oise, on ne sait pas jusqu'où cela pourrait aller : « Pourvu que les gens ne demandent pas aux maires de fermer les cours de récréation parce que des cris, des rires et des chants d'enfants viennent troubler leur quiétude égoïste ? Veut-on une campagne sans bruit ni odeur, une ruralité métamorphosée en musée ? La justice fait de Vincent un délinquant, dont le seul crime est de vouloir travailler mieux et plus pour nourrir la société. L'État de droit est mis au service de citoyens ultra individualistes et ne fait pas appliquer la loi du 29 janvier 2021 sur la protection du patrimoine sensoriel des campagnes. Nous, nous voulons une ruralité vivante, parfois odorante et bruyante, et une agriculture forte parce que nous en avons furieusement besoin pour vivre au quotidien. »

Va-t-on interdire les cours de récré à cause des cris d'enfants ?

Travailler au bien-vivre ensemble

« Tout le monde a sa place à la campagne, nous sommes prêts à accueillir de nouveaux venus, mais dans le respect des uns et des autres », sans que quiconque n'impose quoi que ce soit aux autres. Unanimement, les intervenants appellent « au respect, à la tolérance » pour que soit préservée « la liberté d'entreprendre des agriculteurs ». « Le vivre ensemble, nous devons tous nous engager à le travailler avec nos voisins. La charte de bon voisinage ne doit pas rester qu'un flyer à la mairie, elle doit être présentée à tous les nouveaux habitants pour qu'ils comprennent mieux notre métier. Par exemple que Vincent a 80 vaches mais 200 animaux en réalité pour le renouvellement de son troupeau. « Privilégions la médiation plutôt que les tribunaux pour éviter d'avoir, comme Vincent, une épée de Damoclès constamment sur la tête », préconise Luc Smessaert. 

Tu es l'exemple qu'on ne veut reproduire nulle part.

Christiane Lambert, elle, « refuse de dire que le cas de Vincent Verschuere fera jurisprudence ». « Il faut expliquer les choses posément à nos concitoyens et à la justice pour ramener de la raison et du bon sens dans ce débat », justifie-t-elle. « Vincent, tu n'es pas seul, ton combat n'est pas fini, tu es devenu aujourd'hui un symbole de cette France qui ne veut pas devenir un "absurdistan" où règne les juges et les tartuffes », met en avant Oliver Pacaud. « Tu es l'exemple qu'on ne veut reproduire nulle part, enchaîne Samuel Vandaele, président de Jeunes Agriculteurs. Je salue la force de ta famille et sa ténacité à ne rien lâcher. » « Je suis impressionnée par ta façon posée, digne et pédagogique de présenter les événements, appuie Christiane Lambert. Tous les matins, depuis 10 ans, tu vas à ton bâtiment sous le regard de voisins qui ont une procédure contre toi. Quel poids psychologique ! Ton cas est aussi un exemple de l'appui technique et psychologique que le monde agricole peut déployer. »

D'ailleurs, dès lundi, la FDSEA va demander à l'État un groupe de travail afin de recenser les odeurs et bruits des campagnes, pour que la loi citée plus haut puisse exister. « Concrètement, ce n'est pas si simple. Combien de meuglements par jour pour une vache ?, pointe Christiane Lambert. La France est le seul pays à devoir en arriver là. » « On peut se réunir 10 fois, 15 fois, et avoir le soutien des politiques mais l'État aujourd'hui doit bouger aussi. Sinon, avant la moisson, on saura organiser des actions coup de poing », prévient Régis Desrumaux, président de la FDSEA.

L'éleveur, lui, remercie les OPA, de son côté depuis le début pour l'accompagner et le défendre. Le soutien massif, qu'il a reçu le 6 mai, lui fait chaud au cœur. D'autant que Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France, a annoncé que si, à cause de sa condamnation, son exploitation rencontrait des problèmes de trésorerie, ou devait réaliser des investissements supplémentaires, « la Région répondra présente ». Pour l'heure, il réfléchit toujours avec ses avocats à un pourvoi, ou non, en cassation pour « défendre la cause agricole », car ce type de conflits pourrait s'étendre à d'autres activités économiques implantées en milieu rural. « On ne veut pas de campagnes aseptisées », conclut-t-il. « Poursuivons notre soutien à Vincent, à tous les Vincent, car des bruits et des odeurs à la campagne, il y en a toujours eu et il y en aura toujours, exhorte Christiane Lambert. Au passage, je n'en ai pas entendu ni senti de tangible ici. Après 10 ans de procédure, nos collègues des Deux-Sèvres vont enfin pouvoir utiliser les réserves d'eau bloquées pour irriguer. Alors il ne faut pas perdre espoir. »

Vincent Verschuere explique, en vidéo, que cette mobilisation lui donne le courage de continuer à se battre :

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